[Résumé] 119e séance, par Patrik

mars 30, 2014

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L’obscurité de la nuit n’est pas celle que l’on croit

Une bonne partie de la magistrature d’Émeraude se retrouva dans la hutte des Kuni du village, qu’ils n’avaient pas eu le loisir de visiter jusqu’à ce jour. L’accueil fut celui du mélange d’un spectacle atroce, sous la forme d’un corps mutilé allongé et transpercé par une lance en jade massif, et d’un humour grinçant, propre au Clan du Crabe. Les Kuni du lieu informèrent les magistrats d’Émeraude, ainsi que le général Hida Misogi qui les rejoignit rapidement, qu’il n’y avait là aucune trace de Souillure. Après ces révélations, Yasuki Haruto et Asako Kohei « empruntèrent » un des shugenja Crabe pour aller interroger dame Kohi, qu’ils suspectaient toujours de biens atroces desseins. Il n’en fallut pas beaucoup pour persuader celui-ci de les accompagner.

Ce furent donc ces parangons d’Honneur que sont Kakita Akizuki et Kitsu Nahoko qui durent rester pour l’autopsie du corps de Dasan, menée par « Habile », que l’inquisiteur avait laissé à leur disposition. L’une (la prêtresse) quitta rapidement les lieux, tandis que le deuxième (le duelliste) parvint péniblement à retenir son mal-être. « Habile » informa les alliés de son maître qu’il ne décelait la trace d’aucun poison dans le corps du bushi Crabe, ce qui éliminait la dernière option envisagée par le général.

Pendant ce temps, Togashi-san et Hida-san s’étaient mis en quête de Kurusu, qui avait, semblait-il, disparu depuis ce matin. Ils visitèrent les abords de la rivière à la recherche du jeune homme mais également du fameux rossignol, sans retrouver ni l’un ni l’autre. Ils poursuivirent leurs recherches, croisant en chemin des samouraïs Crabe s’entraînant et accusant certains de leurs confrères de clan des plus grands maux, avant de finir par se rendre à l’évidence : Kurusu n’était nulle part.

Yasuki Haruto, Asako Kohei et Kuni Inoba, après avoir fait quérir la dame des lieux par ses serviteurs, interrogèrent celle-ci — ou plutôt : ils laissèrent le Kuni s’en charger. Plus le temps passa, et plus les deux magistrats d’Émeraude se sentirent gênés, tellement l’affront fait à dame Kohi, qui paraissait de plus en plus innocente, était important. Après avoir mené le dernier test plaçant dame Kohi dans une posture peu avantageuse, les trois enquêteurs quittèrent les lieux, chacun de la façon que lui dictait son Honneur et ses coutumes.

Les magistrats d’Émeraude et leur yoriki se rassemblèrent alors dans la demeure de feu Dasan et partagèrent ce qu’ils avaient appris dans la journée. Malheureusement, la journée avait été uniquement fructueuse en réponses négatives : Kurusu n’avait pas été retrouvé, on ne savait pas ce qui avait rendu fou Dasan, et on n’avait rien pu prouver contre dame Kohi. Le groupe décida donc de se rendre à la demeure de Hida Misogi, celui-ci les ayant invités à dîner plus tôt dans la journée, à l’exception d’Hida-san, qui décida de rester sur place pour attendre le retour de Kurusu.

Les magistrats et le général partagèrent les dernières informations du jour, et le chef du village indiqua à ses invités qu’il considérait que tout ce qui pouvait être fait avait été fait, et qu’il ne pouvait plus demander aux éminences d’Émeraude de rester dans le village. Celles-ci s’accordèrent pour dire qu’il valait mieux partir le lendemain, pour être dans les temps afin de remplir la mission qui avait été confiée par Togashi Yokuni-sama. Pour faciliter cette tâche, Kakita-san demanda d’ailleurs une lettre de recommandation à leur hôte, pour les aider à rencontrer Hida Kisada.

Quelqu’un vint frapper à la porte, et l’on partit ouvrir. Un message pour les magistrats était arrivé, signé de la main de Kurusu, à première vue. Celui-ci invitait d’une façon peu conventionnelle les magistrats à se rendre chez dame Kohi. Les magistrats s’empressèrent de prendre congé de leur hôte pour suivre cette nouvelle piste, celui-ci refermant derrière eux sa porte à double tour. La peur semblait régner en ces lieux.

Lorsqu’ils arrivèrent sur place, aucun bruit ni aucune lumière n’émanait de la maison. Une petite porte était entrouverte, mais de là où ils étaient, le noir de l’obscurité était tout ce qu’ils purent percevoir. Ils appelèrent Hida-san et les autres habitants de la maisonnée, mais personne ne répondit. Ils pénétrèrent les lieux à l’exception de Kitsu-san, et croisèrent Hida-san, qui fut étonné de les entendre se plaindre de ne pas avoir répondu à leurs appels, n’ayant pour sa part rien entendu. Laissant de côté ce point troublant, le groupe s’enfonça plus avant dans la maison, jusqu’à ce que, soudain, un souffle vint éteindre toutes les lanternes, ce qui fit sombrer la maisonnée dans une obscurité plus profonde qu’elle n’aurait dû être.

Yanaka

Malgré la pénombre, Yasuki-san et Togashi-san purent entrevoir la figure de dame Kohi, et tous purent l’entendre. S’exprimant de façon troublante directement à chacun d’entre eux, celle-ci les emporta lentement dans un univers fait uniquement d’un vide obscur régnant à perte de vue. Ils n’étaient pas seuls non plus : en plus de la figure de dame Kohi, dont le visage muta en un vide sans fond faisant froid dans le dos, une autre dame Kohi et ses deux bonnes étaient affalées sur trois futons au sol près d’eux, tremblant comme prises d’une crise d’épilepsie.

Lorsqu’ils reconnurent dame Kohi, la figure changea de voix : il s’agissait à présent de celle de Kurusu, et ce dernier les informa qu’après les avoir observés pendant longtemps, lui et ses semblables désiraient les inviter à le rejoindre dans l’ensemble duquel il faisait partie, sans expliciter quoi que ce soit sur ce dernier. Tous s’opposèrent à cette invitation, et le monstre sans visage ricana, ce qui fut trop pour Hida-san, qui tenta de le trancher en deux, ne réussissant malheureusement qu’à briser une lanterne qu’il n’avait pas pu voir.

Les flammes commencèrent à gagner du terrain, celles-ci apportant de la lumière dans les ténèbres : l’univers dans lequel ils s’étaient retrouvés s’estompait peu à peu. La figure avait disparu, et Hida-san tira dame Kohi hors de la demeure, tandis que Togashi-san tenta de faire de même avec une des bonnes. La deuxième servante ne put être sauvée. Le village tout entier ainsi que Nahoko-san accourut vers ce désastre. Tout le monde put constater que dame Kohi et la bonne, qui avaient été sauvées des flammes, étaient malheureusement mortes, des traces étranges visibles sur leurs corps. On mentionna Kurusu, et tous les habitants du village conclurent que ce dernier était probablement un suppôt de l’Outremonde : il avait été derrière tous les maux récents du village et avait certainement péri dans l’incendie.

Théorie que ne partageaient pas un certain nombre des serviteurs de Doji Satsume, mais qu’ils semblaient être les seuls à contester. Le moine Akito regarda les flammes emporter la demeure qui fut la leur ces derniers jours et fut pris de la certitude que l’Ombre avait essayé de les corrompre, de les amener à elle. Il se demanda ce que l’univers où ils s’étaient retrouvés, ce que les femmes en proie à des tremblements sur des futons au sol, étaient sensés représenter, signifier. Il grava tous ces éléments à plusieurs endroits de son esprit, ainsi que le ton de la voix de Kurusu. Si un jour il venait à l’entendre à nouveau, il ne serait pas surpris.

Après avoir (mal) dormi dans l’auberge du village, ils en saluèrent les habitants et se dépêchèrent de le quitter pour s’enfoncer plus profondément dans les terres du Clan du Crabe. Ils parcoururent un bon bout de chemin la première journée, côtoyant de près la Muraille bordant l’océan, et finirent ce jour de voyage dans un village sans nom. Là-bas ils rencontrèrent deux guides à qui les magistrats décidèrent de faire appel pour la suite du voyage, apprenant que la route principale avait été bloquée par des éboulements.

Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, le groupe de magistrats d’Émeraude entreprit la suite de son périple, épaulé par les guides des montagnes. Après avoir marché longuement, des nuages noirs apparurent à l’horizon, et le groupe décida de chercher rapidement un refuge. Heureusement, un monastère appartenant à l’Ordre de la Compassion, se situait non loin.

Tout ragaillardi, le groupe se dirigea donc vers le monastère, et Akito frappa pour demander à ce qu’on les accueille à l’intérieur. Ne recevant aucune réponse, il ouvra la porte et appela. Comme personne ne répondit, et qu’il faisait relativement sombre, le groupe pénétra dans les lieux, et commença à allumer les torches et lanternes du monastère, étonnamment éteintes. Ils se trouvèrent dans ce qui semblait être le hall d’entrée.

Kaminari se prit le pied dans « quelque chose » situé dans une partie de la salle encore enveloppée dans l’obscurité — et quelle ne fut pas sa stupeur de découvrir le cadavre d’un homme au crâne rasé ! Il fit appeler « Habile » pour que celui-ci autopsie le corps et l’on fit sortir les paysans du monastère, en leur demandant de fermer la porte d’entrée derrière eux. « Habile » fut rapide dans son art et rapporta que les entrailles de ce qui semblait être un moine avaient été déchiquetées, et qu’une texture étrange sous forme de toile enveloppait une partie du corps…

Les magistrats s’empressèrent de poursuivre plus avant leurs investigations, et s’engouffrèrent dans celle des trois portes de la salle qui était restée entrouverte. Du sang séché ornait le sol, l’on fit donc quémander de nouveau « Habile », mais celui-ci s’était, semblait-il, volatilisé… Les magistrats commencèrent à manifester à voix haute leur étonnement quant à cette soudaine disparition, avant que Yasuki Haruto ne demande soudain le silence en levant la main : il avait entendu quelque chose, des bruits de succion… de l’autre côté du mur…

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[Résumé] 118e séance, par Julian

mars 30, 2014

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Les mines des magistrats étaient bien sombres, et pour ajouter à leur bonne humeur, une pluie drue commença à tomber. C’est glissant dans la boue que les justiciers arrivèrent à la demeure de feu Hida Dasan. Les vieilles servantes décrépies servirent un thé tiède aux samouraïs qui convinrent de la suite de leur enquête. Kurusu, dont on discutait justement, fit alors son entrée. Trempé, l’air hagard et maussade, il s’installa sans un mot et refusa de toucher à sa boisson. Lorsqu’il consentit à ouvrir les lèvres, ce fut pour confier avoir eu une révélation : en promenade près du pont ce matin, quelque chose attira son attention dans les arbres à proximité. Horrifié, il découvrit le corps mourant d’un rossignol domestique, la tête affreusement déformée. Pas n’importe quel rossignol, celui de dame Kohi. La sombre maho serait-elle impliquée ?

Les magistrats doutaient cependant de la sincérité de Kurusu, aussi Kohei et Nahoko prièrent-ils à part avec le bushi Crabe. La prêtresse du Clan du Lion répéta les gestes et les prières qui lui permettaient d’entrer en contact avec les Ancêtres bénis, mais sans succès. À sa grande stupeur, elle n’en trouva pas. Pire qu’un oubli, un vide spirituel semblait émaner de Kurusu, comme si l’individu n’avait tout simplement jamais eu d’Ancêtres. Soucieuse, elle revint vers ses compagnons, non sans glisser au passage à Kohei son tanto de cristal.

Le repas du soir fut servi et les magistrats attendirent dame Kohi, avec laquelle une entrevue avait été prévue. L’attente fut longue : le repas refroidit, Kaminari sortit faire un tour, Haruto but trop de saké, Kaminari revint, et tous attendirent à nouveau. Le frottement des sandales dans le couloir se fit entendre, et la porte finit par s’ouvrir pour laisser passer la maîtresse de maison. Dame Kohi portait les stigmates du chagrin, mais en digne samouraï-ko du Clan du Crabe, elle s’installa et souhaita la bienvenue à ses hôtes. Des présents furent acceptés en toute lassitude et les samouraïs entrèrent dans le vif du sujet. Dame Kohi comprit rapidement les doutes qui pesaient sur elle quand le moine Akito prépara un thé à la poudre de jade et que l’inquisiteur Kohei la regarda d’un air torve. « Buvez s’il vous plaît ». Ulcérée, la femme Crabe but d’un trait en prononçant un « êtes-vous satisfait ? » qui aurait cloué sur place bien des samouraïs. Kohi-san répondit du mieux qu’elle put aux questions des magistrats. Elle confia que, pendant les derniers jours de sa vie, son mari semblait ailleurs ; il l’évitait même.

Ce charmant repas prit fin et dame Kohi rejoignit sa chambre. Les samouraïs s’apprêtèrent pour la nuit. Kitsu Nahoko était de l’avis que si le corps de Dasan était bien mort, son esprit lui survivait, emprisonné quelque part, et qu’il était du devoir des magistrats de le libérer. Beaucoup partirent donc dormir en s’armant derechef pour cette nuit. Kohei pria longuement les kami de la demeure. L’inquisiteur rejoignit son futon et posa son regard sur Kurusu, qui ne dormait pas. Les kami de l’Air portèrent à ses oreilles un message de la prêtresse Kitsu : « Prenez garde à Kurusu, il n’est pas ce qu’il semble être ». La demeure tout entière tomba dans le sommeil.

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La nuit n’allait pas être de tout repos. Un à un les magistrats furent réveillés. Chacun d’eux eut à faire face au visage incarné d’êtres importants à leurs yeux : le sourire moqueur de Yoriko-chan, l’air suffisant de Shosuro Jocho, le sourire tendre de Shiko-san, le visage insoupçonné d’une sœur perdue dans l’Outremonde… L’obscurité révéla cependant le visage de leur véritable interlocutrice : Kohi-san, la voix sifflante, tenait à présenter aux magistrats son honorable mari. Des araignées surgirent soudainement du sol, révélant un bras tranché encore palpitant.

L’obscurité se fit. Sans se l’expliquer, les samouraïs se retrouvèrent réunis dans un espace sombre. Face à eux, affligé de blessures béantes, Dasan contemplait les cadavres qu’il venait d’occire. La bave qui s’écoulait de sa bouche et ses armes ensanglantées ne laissèrent aucune place au doute quand il chargea les magistrats. Akizuki-san réagit d’instinct, frappant mortellement le bushi Crabe au cœur. Dasan ne s’arrêta pas et envoya le bushi Grue au sol. Kaminari-san, aidé par Nahoko, réussit à trancher le bras de son confrère Hida et à entamer sévèrement l’autre, mais ne put résister bien longtemps à l’avalanche de coups à la force surhumaine. Ne restait, pour faire face à Dasan, que les prêtres : une femme enceinte et un vieillard… La prêtresse de l’Eau ne put pas grand-chose et Kohei regarda son dernier compagnon tomber. Il tenta un temps d’éblouir Dasan avec le tanto de cristal, sans savoir si cela faisait effet ou pas. Puisant dans ses ultimes réserves, il réussit à se connecter à l’élément du Vide pour prendre une forme immatérielle. À la manière des Shosuro il attaqua alors Dasan dans le dos, en visant la nuque. Quelques coups bien placés mirent fin à l’agonie du bushi Crabe qui se consuma.

Kohei se réveilla en sursaut dans sa chambre. Affolé, il vérifia l’état de ses compagnons : Kaminari, qu’il avait vu mourir l’instant d’avant, respirait bel et bien. Il croisa Haruto, lequel avoua ne pas avoir dormi.

Le matin se leva et les magistrats, exténués par cette nuit (et sans doute hantés par des cauchemars pour le restant de leurs jours), voulurent immédiatement parler à Kurusu. Au grand dam des magistrats, celui-ci était parti tôt le matin. Les suspicions des magistrats étaient fortes à son encontre. Haruto alla jusqu’à fouiller les affaires du bushi et répandit de la poudre de jade dans son futon.

Les serviteurs de Doji Satsume durent affronter la grisaille du matin pour aller voir Kuni Yanaka, lequel devait avoir terminé d’examiner le corps de Dasan. Le corps du bushi avait effectivement été ausculté lors d’un rituel dont seul le Clan du Crabe a le secret. Deux chasseurs de sorciers étaient présents : Kuni Kabai et Kuni Inoba. Leurs conclusions étaient formelles : Hida Dasan ne portait aucune trace de la Souillure de l’Outremonde. Ils accordèrent par contre beaucoup d’attention au récit de leur confrère Kohei-san. À leurs yeux Kohi et Kurusu étaient suspects.

Les inconnues restaient nombreuses. Les magistrats allaient-ils réussir à percer les secrets de la folie de Dasan ? Dame Kohi est-elle vraiment innocente ? Les samouraïs mettront-ils la main sur Kurusu ? Devront-ils dormir une nouvelle nuit au village des oiseaux perdus ? Haruto passera-t-il encore une nuit blanche ? Telles sont les questions qui agitent les samouraïs.

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[Résumé] 117e séance, par Jacques

mars 30, 2014

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Le soir s’annonçait alors que les magistrats se dirigèrent vers la demeure de feu Hida Dasan. Accueillis par une vieille domestique au dos courbé agissant presque de manière mécanique, les magistrats eurent tôt fait de ressentir le silence oppressant de la demeure en deuil. Amené dans sa chambre, Haruto put faire la connaissance du dernier disciple de Dasan, un jeune bushi du nom d’Hida Kurusu. Celui-là même qui avait été témoin de la folie de son maître restait maintenant dans un coin de la chambre, enfermé dans un silence pesant.

Mais la nuit allait réserver bien des surprises aux serviteurs de Doji Satsume. Chacun à leur tour, ils allaient être tirés de leur sommeil par d’étranges bruits. Akizuki fut le premier, percevant des complaintes, un chant ou une prière murmurée par une voix féminine. Une certaine nostalgie avait envahi le samouraï Grue tandis qu’il identifia le poème : « De la mort à l’Amour », réveillé une nouvelle fois par des cris d’enfants. C’était au tour de Kaminari de se réveiller, pensant reconnaître sa mère murmurant quelques mots. Cherchant d’où pouvait provenir le bruit, le bushi finit par se rendormir à l’extérieur, sur le patio devant sa chambre. Haruto fut le suivant sur la liste, un bruit de lame tombant au sol le fit sursauter. Il fit le tour de la bâtisse par mesure de précaution, tandis que Kaminari se réveilla à nouveau. Les deux Crabe se rapprochèrent sans se voir, manquant de se frapper mutuellement. Tous deux ne tardèrent pas à retourner se coucher à l’intérieur.

Kitsu Nahoko, qui logeait alors avec les domestiques, sentit un fort courant d’air et le vent hurler. Se redressant, elle s’étonna de ne pouvoir identifier la source de ce vent puisqu’il n’y avait aucune fenêtre dans la chambre. Sentant qu’elle devait apaiser les esprits de la demeure, elle pria les kami avant de retrouver le sommeil. Enfin, ce fut au tour de Kohei de se lever. On aurait pu penser que ce sont les ronflements du Hida qui l’avaient tiré de son sommeil, mais c’est davantage les hululements lugubres d’oiseaux de nuit qui firent frissonner l’inquisiteur Asako. Kohei chercha savoir et sagesse auprès des kami du Vide, mais ceux-ci restaient étrangement sourds à ses appels. Avant de se rendormir, il constata à l’instar de certains de ses compagnons que le jeune Kurusu n’arrivait pas à dormir et se contentait de rester allongé sur sa couche, les yeux fixant le plafond.

Quelques instants plus tard, tous se réveillèrent, se trouvant dans la même pièce sans porte ni fenêtre alors que Nahoko eut la sensation qu’elle devait rejoindre ses compagnons. Une fois la jeune prêtresse entrée dans la chambre, la porte disparut. Il n’y avait plus que les ténèbres autour d’eux. L’endroit changea subitement d’allure. Les magistrats se trouvaient maintenant assis sur des souches d’arbres abattus, face à eux se trouvait Hida Dasan. Ce n’est que quelques secondes plus tard que le groupe réalisa qu’il se trouvait dans une clairière transformée en charnier. Les arbres étaient noueux, des morceaux humains étaient éparpillés, certains même accrochés dans les arbres. Si l’enfer existait, il offrirait sans doute pareil spectacle. Alors que ses compagnons demeuraient endormis, Haruto se réveilla subitement. Il était dans son futon. Le tyran échangea quelques mots avec Kurusu, qui affirma ne plus pouvoir dormir depuis l’affrontement en soulignant l’atmosphère étrange de la demeure. Haruto jeta un œil dans la chambre voisine, ses compagnons étaient toujours là, ce ne devait être qu’un mauvais rêve.

Restés prisonniers de leur rêve, les autres magistrats purent échanger quelques mots avec Dasan. Celui-ci était couvert de sang ; d’un ton sincère, il disait regretter de voir les magistrats assister au macabre spectacle qui s’offrait à eux. À cela, il ajouta que les magistrats se trouvant ici en savaient trop et que, tout comme lui, ils étaient allés trop loin. Après seulement quelques mots, quelques échanges, le calme de Dasan fit place à une angoisse de plus en plus oppressante. Il somma les magistrats de fuir, de partir loin ; il leur dit que cela revenait, qu’il allait à nouveau sombrer dans la folie. Tandis qu’une sortie semblait possible, les magistrats eurent le temps d’apercevoir l’expression sur le visage de Dasan, une expression de folie meurtrière.

Kurusu

Au réveil, les mines étaient sombres, personne n’avait visiblement passé une bonne nuit de repos. Les évènements de cette nuit soulevaient de nombreuses questions et c’est pour y répondre que le groupe convoqua Hida Kurusu. Ce dernier affirma que son maître était différent depuis son retour chez lui après un séjour dans l’Outremonde. Un malaise s’était installé, il se réveillait cinq à six fois par nuit dans l’angoisse la plus totale. La journée, il avait des paroles dures pour tout le monde, y compris pour sa femme et ses disciples. Certains d’entre eux sont donc partis suite à cela, d’autres suite au récent massacre. Soudain, d’un air inquiet voire terrifié, il demanda aux magistrats de s’éloigner de la maison : il devait leur faire part de révélations, mais pas ici, pas entre ces murs… Arrivé à hauteur d’un petit pont de pierre, le jeune bushi confia aux magistrats ce que son maître lui avait lui-même confié. Quelques jours avant le massacre, son maître lui tint les propos suivant : « Une grande folie m’habite, Kurusu-san. Cette nuit, ma femme n’avait plus de visage, elle me souriait mais depuis lors je ne peux plus la regarder ». À quoi il ajouta que son maître avait l’intention de quitter sa demeure. Enfin, sur un ton hésitant, comprenant la gravité de telles accusations, Kurusu affirma qu’il soupçonnait Kohi-san d’être une tsukaï.

Après ce premier entretien, les magistrats prirent la direction de la fameuse cabane où Kaiu Shinya se serait rendu quelques semaines auparavant. Ils furent guidés par un vieil heimin jusqu’au sentier menant à ladite cabane ; ce paysan leur conta les rumeurs et histoires circulant à propos de son habitant. L’homme serait arrivé il y a quelques années avec sa fille, blessée et enceinte. Lors de l’accouchement, il refusa l’aide d’une sagefemme, tandis que des cris de douleur et de terreur s’échappaient de la maison qui leur avait été attribuée. Sa fille mourut en couche avec le bébé, mais personne ne vit jamais les corps. Quelques temps plus tard, l’homme s’amouracha d’une magnifique jeune fille. Il partit quelques mois en voyage avec elle et, lorsqu’ils revinrent, elle était elle aussi enceinte. Refusant une nouvelle fois l’aide d’une sagefemme, l’accouchement entraîna la mort de la jeune fille, alors que son bébé survécut. Cependant, l’enfant était difforme et beaucoup trop grand pour être normal. Le père de la jeune fille décida donc de tuer la petite abomination à coups de hache, alors que le vieil homme fut chassé dans la forêt avoisinante. Depuis lors, on nomme ce bucheron « Akuzei » : le dangereux ou le maudit. Sur ces mots, le bois était en vue et le paysan prit congé des samouraïs.

Arrivés à la demeure, les magistrats perçurent qu’une forte odeur de chair en décomposition se dégageait de l’endroit, avant que Kaminari n’enfonce la porte. La cahute était sens dessus-dessous, tout était pourri et des toiles d’arachnide se trouvaient dans tous les coins. Un cadavre gisait dans le futon, probablement celui du vieil homme. Son visage était déchiqueté et son nez arraché. En trouvant un coffre avec un linge ensanglanté ainsi que d’étranges outils, les magistrats purent faire une première hypothèse. La progéniture de la kumo, sortie du ventre de Suzume, avait dû s’échapper et tuer l’homme. La créature aura ensuite pris la fuite. La découverte du corps de la jeune femme, à l’arrière de la bâtisse, semblait corroborer ce scenario (elle avait le ventre en lambeaux…). Kaminari trouva quant à lui un « couloir » d’arbres aux branches abattues se dirigeant dans la vallée en direction de l’ouest : la créature avait dû fuir il y a plusieurs jours, mais la taille qu’elle semblait posséder demeurait inquiétante… Les magistrats reprirent le chemin du village, après avoir pris soin de brûler la cabane.

De retour au village, Akizuki et Nahoko rendirent visite au général Nakai. C’est Hikuko, sa petite-fille, qui les mena au chevet du vieux bushi. « Un démon dans son regard, il rampait rapidement en hurlant que les autres étaient des démons », tels étaient les mots à l’aide desquels le général décrivit l’horrible scène. L’entretien ne put malheureusement se poursuivre, suite à l’état critique du blessé. Haruto tenta de son côté d’avoir une entrevue avec le général Misogi, mais on lui fit comprendre, non sans mal, que l’homme était en compagnie d’une demoiselle et qu’il ne pouvait recevoir le magistrat. Enfin, Kaminari se rendit sur les lieux du massacre. Il reconnût rapidement l’endroit puisqu’il s’agissait de la même clairière que dans son rêve, à l’exception que l’endroit semblait moins dévasté dans les faits que dans ce curieux songe. Scrutant le moindre détail, le bushi Crabe repéra une inscription gravée sur un arbre, à l’endroit même où s’était tenu Dasan : « Mon visage est le mien, mon visage est le mien ». Des propos qui illustraient bien la folie du vétéran Crabe.

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[Résumé] 116e séance, par Quentin

mars 23, 2014

kohei_avatar

« Mourir au combat

Mourir pour mes Ancêtres

Voilà mon rêve »

— Soko

 

La voie du dragon

Kenson Gakka pansait ses plaies. La douleur du combat était encore vive dans les esprits des nombreux samouraïs Lion qui venaient de défendre durement leur peau face à l’armée du Clan du Scorpion. Pour celle-ci l’échec était total ; non seulement ils n’avaient pas repris ce qu’ils considéraient comme leur dû, leur ancienne place forte, mais de plus, forts de la présence de l’ambassadeur Handen, témoin de la fourberie et des intentions néfastes du Scorpion, les rapports entre le Clan du Lion et celui de la Grue s’en voyaient sans doute renforcés pour les années à venir. Le Daimyo Kioma ne fut pas avare en compliments lors de la fête organisée en l’honneur de la magistrature d’Émeraude et de l’ambassadeur Handen. Des « héros », tel fut le mot employé pour désigner l’ancienne magistrature d’Émeraude de Ryoko Owari, acclamée par tout un clan. Pour remercier ceux qui, par leur courage et leur efficacité, avaient contribué en grande partie à éviter la chute de Kenson Gakka, Matsu Kioma-sama offrit un petit coffret noir sobrement décoré. À l’intérieur de celui-ci, la faveur du Clan du Lion serait dorénavant accordée aux magistrats. Où qu’ils soient, de jour comme de nuit, dans n’importe quelle situation, il leur suffirait d’envoyer cette lettre au Daimyo Lion le plus proche et, pourvu que leur demande soit honorable, celui-ci viendrait immédiatement leur prêter mainforte.

La fête pouvait commencer. Chaque magistrat trouva de quoi faire, recevant les félicitations et les honneurs des uns et des autres. Nahoko-san s’entretint avec Miko-sama, la veuve du général Akodo Ikare, qui lui distilla quelques conseils pour la fin de sa grossesse tout en cachant sa profonde tristesse. Kaminari-san festoya avec les samouraïs Lion, trinquant, buvant saké sur saké en se moquant gentiment des Scorpion vaincus. Le moine de la famille Togashi tenta d’obtenir plus d’informations sur la « Grande Eau auprès » du shinpu Noshin, mais celui-ci resta tout aussi vague qu’auparavant. Akizuki-san resta longuement auprès de ses frères de clan, s’inquiétant pour la douce Shiko dont il s’était épris. Kohei-san se fit lire les lignes de la main, apprenant une nouvelle fois que le « Dragon » ne tarderait pas à prendre contact avec eux. Quelle était donc cette prophétie qui semblait se répétée sur la route des samouraïs ? Celle-ci n’avait donc rien à voir avec les événements récents.

La soirée se termina et chacun se coucha, heureux ou triste, fourbu pour beaucoup d’entre eux. Aux petites aurores, la magistrature se rassembla pour le départ. Tandis que la prêtresse Kitsu, enceinte de plusieurs mois, prenait place dans le chariot vu l’interdiction pour elle de monter à cheval, le duelliste Kakita fit ses adieux à la belle Shiko-san. Les deux étaient promis à un mariage d’amour qui, selon l’ambassadeur Handen, serait organisé rapidement. Mais ils n’en devaient pas moins se séparer, pour remplir leurs devoirs respectifs. Shiko se laissa aller à un tendre baiser, embarrassant les deux samouraïs qui, la tête baissée, se quittèrent gênés sous les regards amusés de Kaminari et Haruto-san. En temps normal, la route vers le village des oiseaux perdus se serait faite sans embûches notables. Malheureusement, un détail venait empêcher les magistrats d’être tout à fait à l’aise. La route empruntait en effet les terres du Clan du Scorpion…

Akodo_Miko

Effectivement, ces derniers ne mirent pas longtemps à montrer tout leur ressenti envers la magistrature. Bien que ne pouvant toucher aux représentants de Doji Satsume-sama, ils mirent toutes les armes en leur possession pour nuire au voyage des magistrats. Dès le premier poste frontière, le groupe dut attendre de nombreuses heures pour le contrôle de leurs laissez-passer, sans compter que le groupe ne put se ravitailler en nourriture car celle-ci, soi-disant, « manquait ». Profond mensonge qui ne toucha pas le groupe, préférant ne pas répondre aux nombreuses provocations. Plus loin sur la route, le groupe hésita longuement à pénétrer dans une auberge, tant la faim commençait à se faire ressentir. Après les hésitations et les avertissements d’Akizuki-san du fait de la présence de nombreux chevaux devant l’auberge, le groupe tenta sa chance. Leur entrée ne passa pas inaperçue, l’ambiance, déjà des plus morbides, sombra un peu plus encore lorsque les rescapés de Kenson Gakka, qui étaient venus noyer leur chagrin, aperçurent les magistrats. Encore une fois, il fallut un calme olympien pour éviter une bagarre rangée, ce qui pour le Hida commençait à devenir de plus en plus difficile. Qu’il en soit ainsi, les magistrats avaient bien plus important à faire que répondre aux invectives et aux insultes, et ils décidèrent de passer la nuit à la belle étoile à quelques lieux de l’auberge.

Pendant la nuit, deux soldats ivres du Clan du Scorpion pénétrèrent dans le campement pour provoquer le kichigai Hida qui montait la garde. L’un d’entre eux tenta de le viser avec son arc. Kaminari-san ne tint plus et poussa l’un des hommes au sol. Une nouvelle fois, les Scorpion mettaient en exergue toute leur ruse. Comme par enchantement d’autres Scorpion, bien sobres ceux-là, apparurent de derrière les buissons, arguant que le Hida avait poussé un homme ivre : ils réclamèrent un duel. Le ton monta, réveillant les autres magistrats. Haruto et Kohei-san y allèrent de leur piques, tandis que le kenshinzen Kakita tenta de résonner tout le monde ou de proposer de faire le duel avec lui. Après de longues minutes très constructives, il fut décidé de remballer le campement et de laisser les vétérans Scorpion à leurs provocations. La route reprit sans autre incident notable. La bataille de Kenson Gakka était-elle enfin suffisamment loin derrière eux ?

La nuit tombée, alors que les nuages d’une tempête commençaient à s’accumuler au-dessus des têtes des samouraïs, le groupe décida de se réfugier dans une petite auberge isolée. Point de samouraïs du Clan du Scorpion cette fois-ci, simplement un aubergiste ravi de la visite de clients qu’il accueillit comme des princes. La magistrature d’Émeraude pouvait prendre un repas et un repos hautement escompté, à l’abri des intempéries. C’est alors que, tout d’un coup, un personnage sortit de l’ombre. D’un coin de l’auberge, un mystérieux samouraï qui dégageait une puissante aura mystique, laissant tétanisés les six magistrats, apparu comme par magie alors que rien ne laissait présager sa présence quelques secondes plus tôt. D’un pas léger il s’approcha de la table des héros. Akito reconnut son mystérieux Champion, Togashi Yokuni-sama, un homme qui, selon les légendes, était à la fois un grand guerrier et un puissant shugenja. L’histoire disait aussi que rares étaient les personnes qui avaient eu l’occasion de le voir et de lui parler. Le Dragon les prévint d’un grand danger, un danger imminent : la magistrature devait se rendre à Kyuden Hida pour s’entretenir avec Hida Kisada-sama en personne. Ils devaient absolument obtenir la permission de celui-ci de se rendre dans le chef-lieu des provinces de la famille Kuni. Mais ils devaient néanmoins rester prudents ; la mort, la guerre et la trahison allaient parsemer leur route d’embûches innombrables. Pour les aider dans leur tâche, il leur remit un sceau magique qui leur permettra de « convaincre » Hida Kisada et toute autre personne avec qui ils auront s’entretenir. Le Dragon, sans aucun autre mot, sortit par la porte de devant, son ombre une dernière fois éclairée par un éclair. « Du riz, voulez-vous encore du riz ? » demanda l’aubergiste qui ne semblait ne s’être aperçu de rien. Il confirma d’ailleurs que les magistrats étaient les seuls personnes présentes dans l’auberge depuis plusieurs jours. Le groupe resta dubitatif, avec ces questions en tête : pourquoi eux ? Quel était ce danger si grand pour que le mystique Togashi Yokuni se rende aussi loin de ses terres pour les charger d’une mission ?

Yokuni

Le groupe alla se coucher, mais l’un d’entre eux n’était pas encore au bout de ses peines. Hida-san aperçut l’inquisiteur Asako assis au centre de sa chambre. De nombreuses bougies étaient allumées, mais l’une d’entre elles, posée en face du vieux prête attira toute son attention. Kohei l’alluma et, presque immédiatement, le bushi se sentit comme apaisé. Tout le poids et toutes les incertitudes de sa récente situation, les questions qu’il se posait sur sa sœur disparurent, laissant Kaminari rasséréné. Presque hypnotisé par la flamme muée par les kami du Vide, il s’assit en face du prête. Kohei commença alors à prier, murmurant les paroles d’un vieux chant de guerre Hida pour rappeler aux Ancêtres le nom de l’homme assis en face de lui. Un nom que la souillure tentait de faire disparaitre. Les kami du Vide acceptèrent d’apporter leur aide, car pour lutter contre la souillure qui grandissait en lui, Kaminari-san devait obtenir des réponses pour apaiser son âme. Le shugenja prononça alors de nouvelles paroles, l’étrange bougie s’agita, se consuma de plusieurs centimètres en quelques secondes. La cire coulant sur son long semblait former une figure au sol. Le guerrier Hida put alors poser une question aux kami du Vide, et il leur demanda de voir le visage de sa sœur. Kohei aperçut une image distincte de la sœur en question, elle était… Hida-san sombra devant le visage de sa sœur que la cire venait de dessiner sur le sol. Ce ne pouvait être possible, ce ne pouvait… alors que Kohei-san s’effondrait au sol, Kaminari sortit bruyamment hurler la rage qui lui dévorait le cœur.

Le lendemain, le groupe reprit sa marche non sans remarquer la fatigue de Kohei-san et le silence du guerrier Crabe. La frontière du Clan du Crabe était enfin en vue. Etonnamment les Scorpion ne semblaient pas les reconnaitre. Le temps était même à la fête et aux chants. Plusieurs fois, les magistrats furent invités à participer à leur bonheur. Après enquête, ils apprirent que ceux-ci venaient de gagner une escarmouche contre des troupes du Clan du Crabe. La bataille de Kenson Gakka n’évoquait rien à ces samouraïs (pour le moment, en tout cas…). Les magistrats ne restèrent pas et franchirent la frontière tout en pensant à se ravitailler auprès des Scorpion enjoués.

Si les derniers kilomètres sur les terres du Scorpion ne posèrent aucun souci, les premiers sur les terres du Clan du Crabe, par contre, ne furent pas de tout repos. Après quelques kilomètres, tandis qu’ils traversaient une forêt des plus inquiétantes, Kaminari-san aperçut des hommes se cachant dans les fourrées. Les bushis Crabe qui les interceptèrent n’étaient pas de grande humeur et plutôt très tendus. Malgré les gestes d’apaisement et leur statut, les magistrats étaient sur le point de se faire attaqués par les bushis qui les prenaient pour des espions Scorpion ; lorsque soudain, une voix, sortant de nulle part, rugit sa rage derrière eux. Immédiatement les bushis se plaquèrent au sol. Le général Hida Misogi-sama hurla sur ses hommes qui s’apprêtaient à attaquer les représentants de l’illustre Doji Satsume-sama.

Il prononça ses excuses auprès de la magistrature d’Émeraude et les invita à le rejoindre chez lui. Il avait besoin de leur aide, leur dit-il.

Une fois le groupe arrivé à sa demeure, il leur expliqua que le village était plus troublé que jamais. Un groupe de samouraïs appartenant à celui-ci avait été envoyé au-delà du mur pour une mission. Lors du retour, après les contrôles des shugenja Kuni pour vérifier toute présence de souillure, la patrouille reprit la route du retour. Elle devait venir prêter mainforte aux Crabe pour l’escarmouche qu’ils préparaient contre le Clan du Scorpion. Mais ceux-ci n’arrivèrent jamais. Et pour cause, alors qu’ils étaient à quelques lieues du village des oiseaux perdus, un guerrier répondant au nom de Hida Dasan fut pris de folie, et il s’attaqua à ses frères d’armes. Mué par une force surnaturelle, il tua vingt de ses camarades avant de se donner la mort. Le guerrier avait-il été drogué par le clan voisin ? Ou autre chose se cachait-il derrière cette histoire ? Pour Kohei, nul doute qu’un maho-tsukai se cachait derrière la force extraordinaire de ce guerrier. À moins que ce ne soit le fantôme qui, selon Misogi, hantait la forêt voisine, et qui aurait pu prendre possession du corps de Hida Dasan. Quoi qu’il en soit, seuls trois hommes avait survécu au massacre, dont l’apprenti de Dasan : Kurusu, absent lors du combat, et le général Nakai, gravement blessé et toujours alité. Le général Misogi avait fait venir des prêtres pour vérifier la dépouille du bushi, une cérémonie de deux jours allait être organisée. Misogi demanda aux membres de la magistrature s’ils pouvaient attendre ces deux jours dans le village et commencer à enquêter sur ce mystère. La magistrature accepta, décidant de mettre à profit cette requête pour enquêter sur le rejeton de Kaiu Shinya. Peut-être que ces deux histoires étaient liées, après tout… Kaiu Shinya était apparu au village il y a un mois de cela, et il avait déposé sa femme Suzume-san chez un vieux bucheron établi dans une cabane au milieu de la forêt. Un bucheron solitaire qu’on disait fou… Les prochains jours s’annonçaient prometteurs, d’autant plus que la magistrature d’Émeraude fut invitée à dormir chez la veuve de Dasan : Hida Kohi san, dans le but de veiller sur sa santé. La pauvre femme semblait à son tour sombrer dans la folie ; elle était, disait-on, fortement affectée par la perte de son époux. Misogi s’inquiétait pour elle.

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[RP] Journal de Kitsu Nahoko (7 / ?)

octobre 20, 2013

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Les affres de la guerre

XXIIIe jour du mois de la Chèvre

Le festival de la « Tortue Humble » s’est terminé d’une manière âprement réaliste : l’armée du Lion a taillé en pièces celle du Scorpion, gloire à nos Ancêtres ! Une fois de plus, l’Honneur l’emporte sur la couardise. Le Scorpion aura tout utilisé : l’assassinat, la manipulation, le massacre d’innocents, l’espionnage, le sabotage, des machines de guerre cracheuses de feu, le surnombre, etc. Sa défaite aura été cinglante sur toute la ligne : Kenson Gakka restera le Château de l’Humilité, Bayushi Kaseru aura perdu de nombreux hommes, Lion et Grue ont même réussi à se rapprocher. Il faut que j’écrive à Doji Satsume-sama pour lui dire qu’on a tenté d’attenter à la vie de ses magistrats. Le Scorpion doit payer… un peu plus.

Mais je m’inquiète pour l’équilibre de l’Empire. La perte du commerce de l’opium, les troubles au Château Ichime, Kenson Gakka… Le Scorpion est remuant ces temps-ci, il agit sur plusieurs fronts et cela m’inquiète.

Heureusement que mes compagnons et moi-même étions présents. Je n’ai pas démérité mais porte les stigmates de la bataille. Ma condition physique ne me permet plus de combattre avec efficacité. Je dois impérativement rester tranquille et compter sur mes compagnons pour me défendre. Arriveront-ils à me protéger ? Arriverai-je encore à accomplir mon devoir ?

Je prends à présent la route des inhospitalières terres du Clan du Crabe. Je frémis à l’idée de fouler les chemins rocailleux du sud de l’Empire. La matriarche de mon dojo d’enfance nous terrorisait avec ses récits d’Oni monstrueux et de bushis Crabe imbibés d’alcool. Kaminari ne fait pas grand-chose pour me rassurer à ce propos, je le sens sincère dans son désir de lutter pour l’Empire, hélas que valent ces belles paroles quand l’instant d’après il massacre l’ennemi à l’arme lourde, les yeux injectés de sang et la voix beuglante ? Haruto n’agit pas de la sorte, mais est-il vraiment plus rassurant ? Je peux heureusement compter sur Kohei, Akito et Akizuki.

Ma hanche me fait mal, j’ai reçu un mauvais coup ; rester assise m’est pénible, je vais aller me coucher.

 

Un autre ennemi ?

Je me réveille tremblotante en pleine nuit : un vent frais des montagnes s’est engouffré dans ma chambre et j’entrevois le regard sinistre de Seigneur Lune par la lucarne. Je suis nerveuse la nuit depuis les événements de ces dernières semaines. L’Ombre existe-t-elle ? Nous n’avons cessé d’en croiser la route, à Ryoko Owari et à Kenson Gakka. Et au Château Ichime évidemment. Akito et Kohei la différencient de la sombre Souillure, mais savons-nous vraiment de quoi nous parlons ? Je remarque que là où est présent le Scorpion, l’Ombre l’est également. Serait-elle une arme entre les mains du clan ? Les héritiers de Bayushi seraient-il les jouets de cette faction mystérieuse ?

Akito m’affirme que seul le cristal peut quelque chose contre cet ennemi. Heureusement que j’ai ce tanto, don de ma sensei Kitsu Senshi-sama. Je le garde, tout près de moi, et prie Dame Amaterasu qu’il me protège des ombres la nuit.

[RP] Lettres à Daidoji Shiko (1 / ?)

octobre 7, 2013

Akizuki

IIe jour du mois du Singe, Village des Oiseaux Perdus

Ma très chère Shiko-san,

Depuis mon départ du festival de la « Tortue Humble », je me languis de votre regard. Aussi mon impatience à vous écrire était fort grande. Il fallut pour cela attendre de quitter l’espace de quelques jours les cahots réguliers des routes, interrompus seulement par des nuits humides de moussons qui vous irritent la gorge. Je fais cet arrêt, avec mes compagnons, au « Village des Oiseaux Perdus », à la frontière des terres de la famille Hida et de celles du Clan du Scorpion, et ce pour travailler, non par plaisir — vous imaginez bien. Je crois que vous ne vous plairiez pas sur ces terres ; d’ailleurs je ne m’y plais guère non plus. Les gens du Clan du Crabe, bien qu’ils soient essentiels pour l’Empire (qui est une symbiose où chaque clan, comme chaque élément, est essentiel à l’équilibre du monde), sont rustres et peu raffinés. Leurs manières sont à l’image de leur architecture ou de leur art : grossières et brutales. Finalement, on a beau critiquer les préjugés, ils ne sont que plus cinglants quand ils s’avèrent conformes à la réalité.

Une fois encore m’attendent de sombres aventures, remplies d’esprits, de cauchemars et de corruption. Je vous passerai les détails immondes qu’un génie malsain, à l’esprit dément, a bien voulu orchestrer sous mes yeux. Je suis toujours peiné de voir quelles atrocités certaines entités vilaines déversent sur notre monde. Ne pourrait-on pas tous vivre dans un tableau merveilleux, à penser au sens de nos existences en cherchant en tout la perfection et la beauté ? Ce serait plus simple pour chacun. Mais j’ai conscience de la naïveté d’une telle question, malheureusement. Et cette conscience de naïveté n’est-elle pas déjà la mort de l’espoir et le début du cynisme ?

Je pense à vous chaque soir et chaque matin. Si je ne me souviens pas de mes rêves mais qu’au lever de Dame Amaterasu je m’aperçois qu’un sourire délicat erre sur mes lèvres, je sais que vous emplissiez mes songes et je n’en suis que plus heureux. Et souvent je souris. J’ai repensé à Kakita, mon modèle de toujours. Je sais déjà que je ne l’égalerai jamais à la lame. Mais je ne sais pas si je ne pourrai l’égaler en amour. En tout cas, si je suis ses enseignements au katana, je tenterai de faire mieux que lui en cette seconde matière — quel prétentieux je fais, mais vous avez révélé en moi de nouvelles ambitions. Et s’il avait pour digne inspiration Dame Doji, je ne changerai celle qui m’inspire pour rien au monde !

Je prie pour que vous récupériez au plus vite de vos blessures, mes meilleures pensées et toute mon affection,

— Akizuki.

[Résumé] 115e séance, par Jacques

octobre 4, 2013

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Quand massacres du passé et du présent se rejoignent

Tandis que la pluie s’abattait par la volonté d’Osano-Wo, les garnisons du Clan du Lion se mirent en ordre de bataille. Les gouttes d’eau s’écrasaient sur les armures produisant de petites résonances métalliques, unique son perceptible alors que chacun attendait l’arrivée de l’armée du Clan du Scorpion.

C’était le calme avant la tempête, le silence avant la bataille. Alors que le vent continuait de souffler, un grondement régulier commença à se faire entendre. De plus en plus régulier, il s’accompagnait maintenant de tambours taiko, battant le rythme de l’armée en mouvement. La faible visibilité camouflait pour partie l’armée ennemie que l’on ne distinguait qu’à mesure qu’elle s’approchait des remparts.

De l’autre côté de ces remparts, Kaminari et Akizuki préparaient leur escouade d’ashigaru et donnaient les dernières instructions. Haruto se tenait quant à lui près des portes, alors que Kohei demeurerait près des deux gunso. Akito et Nahoko s’étaient postés à proximité du château de la « Leçon d’Humilité », où Matsu Kioma-sama semblait réussir à contenir la première vague d’assaut.

La bataille s’enclencha lorsque la muraille fut frappée par un tir de bouches à feux, balayant une partie des archers présents sur les remparts. Tandis que chacun se préparait à l’arrivée des échelles et autres armes de sièges, quelques espions eurent le temps de fragiliser la porte juste avant l’arrivée de l’ohitsuji adverse. La bataille était mal engagée pour le Clan du Lion…

La porte céda comme prévu et les piquiers Scorpion s’engouffrèrent dans la brèche, faisant face aux piquiers Lion. Le gunso (temporaire) Kaminari monta sur la muraille pour contenir et repousser les premières échelles posées sur les fortifications. Se battant au milieu de ses hommes, souvent en première ligne, il parvint avec son contingent à repousser plusieurs attaques et à ainsi préserver le flanc gauche. Sa rage et sa témérité stimulaient ses troupes qui subissaient peu de pertes.

Le shugenja Kohei pouvait compter sur les kami du Vide afin que ceux-ci affaiblissent les sergents adverses, en entraînant la désorganisation des premières lignes ennemies. Le gunso (tout aussi temporaire) Akizuki eut la présence d’esprit de réagir promptement à la percée Scorpion au niveau de la porte. Avec son escouade, il put avec franc succès contenir l’avancée ennemie et, de la sorte, maintenir le goulet d’étranglement mis en place par les forces de Kenson Gakka. Haruto n’était pas en reste dans cet affrontement. Agissant avec subtilité et efficacité, il projeta au sol l’officier d’un détachement de cavalerie qui avait réussi sa percée. Ce geste précis et audacieux désorganisa la charge, permettant aux troupes du Lion de colmater la brèche.

Du côté du Château, Nahoko et Akito se tenaient prêts, tandis que certaines brèches se dessinaient. Si la jeune prêtresse arriva, non sans mal, à se défaire de quatre Scorpion voulant incendier la ville, le moine Akito ne put guère venir en aide au porte-bannière Lion submergé par l’adversaire. Le Dragon tomba au sol sous les lames des bushis Scorpion.

Bayushi Kaseru-sama, le général en chef des armées du Scorpion, semblait satisfait de l’évolution de la bataille. Certes, la ville n’était pas encore tombée et le Lion avait réussi à contenir les premières attaques, mais il ne faisait aucun doute que l’issue de la bataille serait en faveur de son clan. Leur vengeance serait enfin assouvie !

La bataille faisait rage sur tous les fronts, et l’issue était plus qu’incertaine tant pour le Scorpion que pour le Lion. Mais l’effet de surprise passé, on sentit le Lion se ressaisir et, petit à petit, repousser les assauts du Scorpion. Progressivement la perspective de victoire changea de camp et le spectre de la défaite se déplaça du côté des envahisseurs, les magistrats d’Émeraude n’étant pas étrangers à ce revirement.

Lion charge

Haruto demeurait aux abords de la porte d’entrée de la ville, cherchant un moyen de désorganiser l’adversaire sans se jeter dans la mêlée, ce qui se serait révélé inutile. Rampant au milieu des décombres de la porte et longeant la muraille, il parvint à se glisser hors de la cité avant de se trouver nez à nez avec une unité de tambours taiko. L’opportunité s’offrant au tyran fut vite saisie par ce dernier qui mit en déroute les servants des tambours, constituant un nouveau coup dur au moral des troupes du Clan du Scorpion.

Du haut de sa muraille, le gunso Kaminari put apercevoir deux bannières ennemies, dégarnies par l’effort de guerre adverse. Le berserker était conscient que concentrer les archers sur ces nouveaux objectifs offrirait une opportunité aux assaillants de submerger le flanc gauche, mais il donna malgré tout cet ordre. Les bannières ennemies tombèrent mais, comme prévu, les fantassins Scorpion en profitèrent pour tenter de déborder l’unité du Hida. Ce dernier arriva malgré tout à repousser l’attaquant grâce au positionnement de ses piquiers. Le Crabe et ses hommes étaient fatigués et sans cesse harcelés, mais il fallait tenir coûte que coûte. Le gunso Akizuki était lui aussi au cœur de la bataille, livrant un combat acharné aux côtés d’ennemis d’autrefois. L’art du Kakita put pleinement s’exprimer lorsque le Grue provoqua un officier adverse en duel. Le Scorpion n’eut pas le temps de sortir sa lame que celle du Kakita vint abattre son adversaire avant de retourner presque aussitôt au fourreau.

Kohei acheva de désorganiser les piquiers Scorpion en se changeant en fantôme pour terroriser les heimin. Les forces du Lion profitèrent de ce bref instant pour lancer leur contre-offensive. La ligne ennemie était brisée, tandis que sa cavalerie était piégée à l’intérieur de la cité. Cette dernière ne tarda d’ailleurs pas à être anéantie par les piquiers et la cavalerie du Lion. La victoire semblait dès à présent acquise.

Après trois longues heures de bataille d’une intensité sans commune mesure, l’expression sur le visage de Kaseru changea. D’un sourire narquois, lorsqu’il était venu exiger la capitulation du Lion, il était passé à un air grave et coléreux, voyant ses troupes refluer et abandonner la ville. La défaite était évidente et la retraite inévitable, le Scorpion avait échoué dans sa prise de la ville ; il avait échoué dans sa quête de revanche !

Les cieux redevinrent alors cléments, et tandis que Dame Soleil réapparaissait à l’horizon, les plaines révélèrent l’immense charnier qu’était devenu Kenson Gakka. Soldats du Clan du Lion, soldats du Clan du Scorpion, ashigaru comme samouraïs, tous gisaient côte à côte. La pluie abondante s’était mêlée au sang des morts, engendrant un macabre ruissellement digne d’une vision des enfers.

Tandis que les magistrats d’Émeraude passaient en silence parmi les corps sans vies, ils purent percevoir les plaintes des mourants qui, malgré leur courage et leur ténacité, ne pouvaient que succomber à l’angoisse de la mort et au désespoir de ne plus revoir leur foyer. Au plus fort de la bataille, un adversaire est un ennemi à écraser et à renverser. Mais après celle-ci, on ne peut éprouver que tristesse et compassion en observant ce spectacle de sang et de douleur.

C’est d’ailleurs le cœur serré qu’Akizuki retrouva Daidoji Shiko, proche de son dernier souffle. La jeune bushi-ko ne pouvait quitter ce monde sans la confession qu’elle avait à faire au magistrat Grue, sans l’aveu des sentiments qu’elle éprouvait pour son supérieur et compagnon de clan. Tandis qu’elle se sentait partir, le moine Akito put in extremis lui prodiguer les soins requis, dont lui et son clan avaient le secret. Elle vivrait !

C’est sans doute cette image qui devrait immortaliser les batailles entre clans, l’image de conflits fratricides entre frères et sœurs d’un même empire : à l’issue de tels affrontements, il ne peut y avoir que des vaincus…

Shiko

 

aftermath

[Résumé] 114e séance, par Brice

septembre 26, 2013

avatar_akizuki

De la « Grande Eau » à la grande bataille

Dans les ténèbres et les flots déchaînés, une partie de la magistrature d’Émeraude essayait de garder la tête hors de l’eau. Derrière eux, la mort courait dans les ombres, inexplicable et inexorable. Devant, les rapides de la rivière souterraine menaçaient les blessés et les faibles. Noshin accompagnait Akito, Nahoko, Akizuki, et peut-être ce qui était le cadavre de Kaminari. Le torrent baladait tout le monde. Noshin et Akito, qui tentaient de tenir le Crabe hors de l’eau, faillirent d’ailleurs et, tandis qu’ils allèrent heurter les rives pierreuses, Hida-san coulait. Il fallut les efforts conjugués des kami de l’Eau, d’Akizuki et de ses Ancêtres pour le tirer de là. Kakera, elle, semblait une excellente nageuse. Une fois la noyade évitée et les eaux plus calmes, le gobelin de cuivre pointa d’ailleurs l’un de ses doigts fins vers un côté de la rivière pour annoncer que c’était l’endroit par lequel on pouvait sortir et regagner la cité. Après quelques efforts, on sortit tout le monde de l’eau, dont Kaminari, toujours inerte…

Si la plupart des samouraïs prenaient un temps de répit, le moine Akito fit appel à ses propres ressources pour aider le kichigai hors de combat. De ses tatouages émergèrent d’étranges lianes qui, toutes, convergèrent vers les blessures du berserker qui reprit conscience. Il avait vu le visage dans l’ombre : Tonbo Hiroe, la courtisane du Clan de la Libellule…

Une lueur apparut bientôt dans le lointain ; celle d’une torche. Elle approchait depuis l’aval, sans doute en suivant le rebord construit par l’homme qui longeait la rivière. On se mit rapidement d’accord : il fallait bouger d’ici, évacuer les blessés et avertir le seigneur des lieux de la tragédie des souterrains (qui brûlaient toujours, d’ailleurs). Kitsu-san fut intraitable : elle resterait en arrière, dans sa forme liquide, pour observer discrètement qui étaient ces individus (amis ou ennemis ?). Quelle ne fut pas sa stupeur quand, un peu plus tard, elle aperçut des bataillons du Clan du Scorpion marcher en rang, des samouraïs et des ashigaru. Ce ne pouvait signifier qu’une chose : la guerre. Calfeutrée sans un recoin sombre, elle écoutait, toute pantoise, le capitaine Scorpion s’entretenir avec une femme dont la voix était sans conteste celle de Hiroe. Cette dernière pensait avoir éliminé les magistrats, sans en avoir la certitude. Ils échangèrent encore quelques mots, puis la légion Scorpion reprit sa marche pour son attaque secrète. Ils ne s’attendaient peut-être pas à entendre résonner des mots mystiques dans l’embrasure du tunnel qui menait à Kenson Gakka, puis à voir des fantômes se dresser. On les exhortait à partir sous peine d’être maudits. Les soldats hésitèrent, mais face à l’aplomb de leur chef, ils engagèrent le combat avec les fantômes. Tous les pouvoirs de la petite shugenja-ko se déchaînaient et les esprits des morts redoublaient d’entrain, frappant comme la foudre, guidés par le cœur sacré du Clan du Lion. Deux rangées de soldats Scorpion tombèrent, mais le combat était trop inégal.

Hiroe

Un peu plus loin, Kaminari, boiteux, ruminait d’avoir laissé seule sa compagne d’aventure. Il finit par convaincre Akizuki de faire demi-tour avec lui. Le kenshinzen ordonna tout de même à Akito qu’il aille prévenir Matsu Kioma des terribles événements du labyrinthe pendant ce temps là, afin de ne pas perdre une minute. Sur ce temps, Noshin essayait de se débarrasser de Kakera qui lui parlait de la « Grande Eau ». Le Crabe et le Grue arrivèrent dans le couloir pour apercevoir une scène inattendue : des Scorpion qui se battaient avec des fantômes. Il fallait filer. L’esprit du Kakita ne fit cependant qu’un tour et, avant de prendre le bras du Hida blessé par-dessus son épaule, il cria tout de même avec conviction : « Armées du Clan du Lion, avec moi, ils sont encerclés ! » Le temps du doute des Scorpion conjugué aux derniers esprits de Nahoko leur donneraient finalement le temps de fuir. La prêtresse raconta à ses deux collègues ce qu’elle avait surpris et les trois s’accordèrent pour dire qu’une attaque d’ampleur menaçait la ville.

Pendant ce temps, l’ambiance du chaos menaçait également en ville. Haruto chevauchait aux côtés de l’ambassadeur du Clan de la Grue, Daidoji Handen. Celui-ci était furieux et profondément choqué de l’attitude de feu Ikare. Dans Kenson Gakka, où Kohei rejoignit le tyran, on assista donc à un échange incisif, mais poli, entre Handen et Kioma. Handen rapporta l’insulte et la mort du général Lion et fit savoir que les autorités de son clan seraient averties, avant de prendre congé. Kioma était tout penaud, et il fallut l’intervention de Haruto, qui lui expliqua la situation, pour que le daimyo ait un début de réponse. Mais il paraissait tout de même dépassé. Ceci étant, la grande reconstitution de bataille finale allait avoir lieu à la fin de la soirée et il fallait préparer sans attendre les festivités. Devant l’impossibilité de faire mieux, les deux magistrats reprirent le cours de leurs activités.

Akito déboucha tout d’abord des tunnels, sans idée de la réelle menace qui planait sur la ville, mais bien décidé à accomplir sa mission de prévenir le seigneur des lieux de la tragédie des souterrains. Après quelques tergiversations auprès de Noshin et Kakera, il finit par obtenir audience auprès de Kioma qui, depuis le haut des remparts, supervisait les troupes déguisées en Scorpion qui s’étiraient sur la plaine en contrebas. Le discours du moine Togashi parut cependant incohérent au daimyo, qui le congédia, un peu perturbé par le récit du moine mais le jugeant improbable. C’est avec l’arrivée des trois magistrats du tunnel que le branlebas de combat commença. Akizuki suggéra en effet aux gardes de bloquer la porte par laquelle ils étaient arrivés, révélant l’attaque des Scorpion. Mais il était évident qu’il n’avait pas la moindre autorité sur ces soldats et que les magistrats ne purent que donner l’alerte. Il fallait trouver Kioma au plus vite. Et le convaincre, ce qui ne fut pas une mince affaire. Car le seigneur, déjà bien ennuyé par tous les contretemps depuis le début de son festival, n’avait pas envie de gâcher le clou de la fête. Devant l’insistance des magistrats, il consentit à croire en leur récit : le château était attaqué, la ville probablement également. Des ennemis se profilaient à l’intérieur des murs, et pourquoi pas bientôt à l’extérieur ? Il fit rentrer les hommes déguisés en Scorpion avec ordre de se réarmer. Et pendant que Kioma tenterait de reprendre son château à l’ennemi, il donna carte blanche à la magistrature d’Émeraude pour débusquer les espions.

Ashigaru_Spearmen

Le groupe se sépara : Haruto, Kohei et Kaminari se rendirent à l’endroit où Tonbo Hiroe séjournait. La pièce était vide, mais la trace de l’Ombre était indélébile dans cette pièce, et Kohei le constata avec dépit. Il n’y avait cependant pas grand-chose d’autre à y trouver. Akito tenta de retrouver Noshin pour s’entretenir avec lui, mais ce dernier avait à méditer et penser sur la « Grande Eau » et sur le massacre des moines qu’il venait d’apprendre — et ce n’était pas le moment. Nahoko et Akizuki se rendirent chez Handen, à la demande du kenshinzen. Ce dernier expliqua tout ce qu’il savait à l’ambassadeur : la vilénie des Scorpion, ceux qui empruntaient des visages. Il pensa avoir convaincu l’ambassadeur, d’ailleurs, que l’Ikare qui fit exécuter les moines n’était pas un Lion… « Des acteurs Shosuro ! » s’exclama Daidoji-sama. Espérant avoir tassé les tensions entre la Grue et le Lion pour se tourner vers leurs vrais ennemis, et après avoir inspecté les yojimbo de Handen, les magistrats des deux clans prirent congés pour retrouver leurs comparses. On n’était guère plus avancé…

On décida de poursuivre l’enquête. Haruto tenta de regarder le cou des gens, à la sauvette, mais cela ne donna aucun résultat. Un incendie s’était déclaré le long des murs, ajoutant à la panique, près d’une brasserie de saké. Nahoko y fila, invoquant les kami du Feu pour étouffer les flammes. Mais les incendies des souterrains étaient une menace de plus, et comment savoir s’il n’y avait pas d’autres passages secrets ? Kohei se rendit au château, où la contre-attaque s’organisait, mais il ne put déceler grand-chose. À l’initiative de Kaminari, le reste du groupe se rendit à la porte de la ville afin d’inspecter les gardes. Si une attaque devait advenir, n’était-ce pas le point stratégique des espions ? On expliqua discrètement au responsable la situation, et le fait qu’il faille vérifier le cou de chaque homme. Après avoir passé en revue les hommes de devant la porte, les deux bushis voulurent inspecter ceux de la casemate de gauche… ils avaient disparus. On avait fait mouche, d’une manière ou d’une autre. Vint l’inspection de la casemate de droite. Alors que le premier s’avançait pour qu’on l’inspecte, il sortit un tanto dont la destination était les trippes du Grue. Mauvais calcul contre un duelliste Kakita aux aguets, le tanto n’atteint jamais sa cible et, un instant plus tard, l’ennemi était au sol. L’autre pris la fuite mais, toujours porté par les kami de l’Eau grâce à Nahoko, le Grue était aussi imbattable à la course… Deux ennemis de moins, mais personne à interroger.

Dans le lointain, avançait inexorablement une armée aux couleurs pourpre et noir. Les samouraïs et les ashigaru du Clan du Scorpion sonnaient aux portes de Kenson Gakka. En l’absence d’Ikare, c’est son fidèle second, un taisa bien entraîné, qui mènerait la bataille. Alors que s’avançait Bayushi Kaseru pour les pourparlers, il demanda symboliquement à Akizuki d’être son témoin. Le général Scorpion demanda la reddition la plus totale si la bataille voulait être évitée. Avec honneur, le capitaine rejeta la demande. Une première volée de flèches plut alors sur la muraille de la ville depuis les collines avoisinantes. Un nouvel incendie se déclara et, cette fois, Nahoko déclencha un orage d’une violence rare : non seulement pour tarir les incendies, mais aussi pour embourber et fatiguer l’infanterie ennemie. Un arôme de chaos et de carnage flottait dans l’air. La guerre était lancée. Le taisa mit à disposition de chaque samouraï de la magistrature une unité de vingt hommes (une escouade). Eux aussi allaient pouvoir défendre les murs de la ville. Pourtant, sans armure, ils n’étaient pas vraiment préparés à la guerre. Mais une guerre contre le Clan du Scorpion se prépare-t-elle ?

Bayushi_Kaseru

[Résumé] 113e séance, par Jacques

septembre 26, 2013

hida_kaminari2 (1)

Le festival de la « Tortue Humble » se poursuivait à Kenson Gakka malgré les incidents mineurs de la matinée. Alors que les magistrats d’Émeraude finirent par débusquer la zokujin du temple, celle-ci implora leur aide afin de retrouver l’esprit de la grande eau. Après avoir demandé de l’aide aux kami du feu, Nahoko put apprendre que l’individu ayant fait les offrandes était chauve et barbu, ce qui correspondait au profil de Noshin. Matsu Kioma ne l’entendant pas de cette oreille, il ordonna à ses hommes de ramener la zokujin d’où elle venait. Ce n’est qu’après que les magistrats d’Émeraude proposèrent d’assumer toute responsabilité en cas de troubles que le daimyo accepta de relâcher la créature.

En sortant du temple, une rumeur s’était déjà répandue : Ujide, le jeune fils d’Akodo Ikare aurait été enlevé. Ce dernier était entré dans une colère noire, sermonnant bon nombre de ses hommes présents sur les remparts de la ville.

Le groupe se mit à la recherche de Noshin qui avait été aperçu prenant la direction du château. Une fois sur place, il serait entré dans le corps de garde sans en être ressorti depuis. Si Akizuki et Nahoko retournèrent aux festivités, tel que le dictait l’étiquette, les Crabe restèrent avec Kakera et fouillèrent les lieux. Haruto tomba sur ce qui semblait être l’entrée d’un passage secret dont l’ouverture nécessitait une formule ou une prière aux kami.

Au Festival, Akizuki profita de sa place sur la tribune d’honneur pour proposer ses services à Matsu Kioma afin d’élucider les troubles perturbant les festivités. Ce dernier accepta, mais lorsque le Kakita lui parla de la découverte d’un passage secret dans le corps de garde, il lui demanda fermement de ne pas l’emprunter. Haruto arriva auprès de ses compagnons pour les informer de l’incapacité des Crabe à ouvrir le passage. Akizuki confia alors au tyran que le daimyo avait interdit l’utilisation de ce passage. Allant retrouver Kaminari resté sur place, Akizuki lui demanda de l’accompagner et de rejoindre le reste du groupe. Un peu dépité, Kaminari demanda à Kakera si, à tout hasard, elle savait comment ouvrir ce passage. Le petit gobelin de cuivre s’approcha de la porte et, après quelques gestes bien placés, celle-ci s’ouvrit. Tandis que le kichigai s’engouffrait dans l’ouverture, Akizuki tenta de le retenir, mais en vain, la porte se referma derrière le Crabe et la zokujin.

Akodo_Ikare

Maintenant seul avec la petite créature, Kaminari lui demanda de le mener vers les siens, afin qu’il puisse se rendre compte de la situation. Rapidement, Kakera se montra hésitante et tenta de dissuader le magistrat de poursuivre son chemin. Elle finit par l’amener à un affluent de la Rivière des trois rives et, devant le refus obstiné du Crabe, s’en alla rapidement en abandonnant Kaminari dans les souterrains. Loin de chercher à remonter, le kichigai décida de poursuivre son chemin seul ; il sentait qu’il devait tirer cette affaire au clair. Au bout de quelques dizaines de mètres, Kakera se montra à nouveau au Crabe, alors que celui-ci s’apprêtait à bifurquer à un croisement : « N’y allez pas sama, il y a trop d’esprits de l’Air ! », lança une Kakera apeurée. Ce n’était l’avis que d’une zokujin et Kaminari eut tôt fait de l’ignorer. Il tomba ainsi nez à nez avec Noshin, comme prisonnier de kami de l’Air, restant sourd aux appels du Crabe. Ce dernier se risqua alors à le secourir mais, conscient qu’il pouvait à son tour se retrouver pris au piège, il chargea Kakera d’aller chercher les autres magistrats d’Émeraude en cas d’échec dans sa tentative. Kakera implora le Hida de sauver l’esprit de la « Grande Eau » et, alors que celui-ci entra et tenta d’attraper Noshin… il décida d’essayer d’attraper un kami de l’Air qui passait alors devant lui… Il était à son tour pris au piège !

Pendant ce temps, la recherche du fils d’Akodo Ikare battait son plein. La fouille de la chambre n’apportant pas d’informations décisives, Haruto tenta de repérer des traces sous la fenêtre, à l’extérieur du palais. Alors qu’il observait le mur à la recherche de traces d’escalade, le tyran pu percevoir un léger cri caverneux. Il s’approcha du puits duquel semblait provenir le bruit et finit par y descendre afin d’en avoir le cœur net. La descente périlleuse en valait la peine puisque le Crabe retrouva l’enfant, accroché à une racine qui l’avait sauvé du courant ainsi que d’une mort certaine. Prenant l’enfant dans ses bras, ses mains entrèrent en contact avec une poudre blanche, de la poudre utilisée par les moines avant les combats.

Haruto apporta le jeune enfant à son père, qui afficha une mine sévère, voire hostile, lorsqu’il découvrit la poudre blanche. Ramenant sa descendance au château, Ikare en sortit avec une poignée de cavaliers ; tous galopèrent en direction de Yaruki Jukko. Observant la scène et craignant pour la vie des moines qu’il avait escortés la veille, Handen fit de même en compagnie de sa garde rapprochée. Redoutant le pire, à savoir une reprise des hostilités entre les clans de la Grue et du Lion, Akizuki et Haruto enfourchèrent à leur tour leurs montures.

Arrivé en premier sur les lieux, le général Ikare fit sortir et aligner les moines à l’entrée du monastère. Exigeant qu’on lui remette les coupables, il les menaça d’une exécution sommaire. C’est alors qu’un moine du temple prit la parole, affirmant avec hésitation et malaise que l’élimination du bébé était indispensable, à la grande surprise de ses frères. Le sang d’Ikare ne fit qu’un tour, suite à quoi il lança l’assaut. Ce fut un véritable carnage, la grande majorité des moines périrent lors de la purge, seuls certains moines du Clan du Scorpion parvinrent vraisemblablement à s’échapper. Handen, révolté par les exactions commises par Ikare, provoqua celui-ci en duel, avec Akizuki comme témoin. Si l’art de Handen ne faisait aucun doute, la technique d’Ikare laissa quant à elle à désirer, même pour un membre du Clan du Lion guère versé dans la maîtrise du iaijutsu. L’officier Akodo manqua son coup tandis que sa tête, tranchée, roula au sol.

Slaughter_at_Yaruki_Jukko

Les magistrats d’Émeraude craignaient pour la paix entre les deux clans, un tel massacre constituait un parfait prétexte pour la reprise des hostilités. Akizuki tenta de persuader Handen qu’il s’agissait là d’un complot. Montrant la marque en forme de croix dans le coup d’Ikare, il le mit également au courant de faits similaires, d’usurpations d’identité d’Handen et de ses hommes quelques heures auparavant. L’ambassadeur Daidoji sembla perplexe devant les révélations d’Akizuki, mais heureusement pour le magistrat, le fait qu’il soit un frère de Clan ajouta certainement du poids à ses dires.

Pendant ce temps, Kakera retrouva Nahoko et put la mettre au fait de la prise au piège du Hida. La jeune prêtresse, retenant à peine son agacement, accepta de suivre la zokujin dans les souterrains de la cité. Entrant par le temple des Fortunes, Kakera fit sortir Nahoko de la ville pour arriver à proximité de la route principale. Au même moment, Akizuki et Haruto escortaient Handen vers la cité afin de tirer cette affaire de « doubles » au clair. Il fut décidé qu’Akizuki accompagnerait Kakera et Nahoko pour sauver Kaminari et Noshin, pris au piège, tandis qu’Haruto accompagnerait Handen en tant que médiateur auprès de Matsu Kioma-sama.

Arrivé à l’endroit où le kichigai et Noshin étaient retenus prisonniers des esprits, Nahoko invoqua la clémence des kami de l’Air afin de permettre à Akizuki d’aller les secourir. Les deux comparses retrouvèrent leurs esprits, mais il ne fallait pas traîner en ces lieux. En effet, un incendie se déclara brusquement dans les souterrains. De l’huile répandue sur le sol avait tôt fait d’embraser les lieux, poussant les magistrats vers la seule sortir possible : la rivière souterraine.

Rapidement, la situation s’envenima. Tandis que Nahoko s’attelait à briser le cadenas de la grille située sous l’eau, des projectiles de ninjas vinrent clouer Kaminari au sol, ce dernier ne pouvant se défendre face à un ennemi caché… Akizuki put à peine apercevoir une ombre, avant que celle-ci ne le projette à l’eau. Quant à Kaminari, il eut à son grand regret le temps de voir le visage de son assaillant qui lui planta deux lames dans l’abdomen. Le Hida, perdant connaissance, tomba à l’eau et ce n’est que lorsque Noshin agrippa le Crabe que les grilles s’ouvrirent, offrant une issue salutaire hors de ce traquenard.

Shiro_no_Meiyo_Labyrinth

[Résumé] 112e séance, par Brice

septembre 24, 2013

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Les festivités et les concours battaient leur plein à Kenson Gakka et les magistrats d’Émeraude y prenaient toute la part qui leur était dévolue, participant aux épreuves en faisant de belles places d’honneur. Sous l’œil attentif de la foule et des nobles, invités comme locaux, c’était désormais l’épreuve d’inu ô-mono qui devait commencer. Yasuki Genji exposa sa flamboyante monture qui jurait un peu avec l’embonpoint du marchand Crabe. Celui-ci fit une bonne prestation, tuant le cochon au bout de trois flèches tirées. Ce n’était cependant rien comparé au talent, déjà exposé, de la taciturne Vierge de Bataille Otaku Raniko qui, d’un trait, fit grogner le cochon de lait pour la dernière fois. Vint le tour de Yasuki Haruto. Le tyran, élégant sur son destrier, fit un petit tour de piste avant d’attaquer enfin. Une première flèche vint se ficher dans le noble postérieur de l’animal, la seconde paracheva cette belle victoire sur le cochon. La foule applaudit avec ferveur (sauf peut-être Hida Kaminari, qui se fendit d’une remarque sibylline : « Un cochon, ça ne rend pas les coups ! ») et, sous les acclamations, Haruto put sortir de l’arène, souriant, une belle deuxième place acquise.

On se dirigea ensuite vers l’épreuve de sumai. Cette lutte noble, art ancestral, avait fait déplacer certains champions uniquement pour cette épreuve. Qu’à cela ne tienne : Togashi Akito, le fidèle yoriki de la magistrature, ne fut que trop heureux d’enfiler une armure lourde pour enfin montrer ses talents. Le tirage au sort, cependant, lui fut plutôt défavorable : Hida Ikuya, un champion du Clan du Crabe qui faisait passer le moine pour un nabot. Le combat fut expéditif. Et s’il y avait eu un concours de vol plané, le Dragon aurait peut-être eu ses chances…

Dans un autre match, Kaminari affronta Yasuki Genji. Dans son armure impressionnante, le berserker avait fière allure. Le combat fut serré, technique. Un Crabe répondait à l’autre par de superbes tentatives. Un round pour l’un, un round pour l’autre, égalité. Dans le round décisif, cependant, ce fut Kaminari qui trouva l’ouverture, la faille, et qui mit au tapis son opposant. Il allait pouvoir affronter le terrible vainqueur d’Akito. Mais Hida Ikuya était décidément trop fort. Et après avoir défait son frère de clan, il gagna la finale contre Hiruma Garei qui, malgré sa vivacité, fut brisé par le géant.

La mi-matinée était désormais sur la ville et toute la foule se déplaça vers la sortie de la cité. D’aucuns n’étaient venus que pour cet impressionnant spectacle, la reconstitution grandeur nature, au boken et dans des armures rembourrées, de la bataille de Kenson Gakka, la bataille de la légitime vengeance, qui vit le Scorpion se faire écraser par les troupes du Clan du Lion. Tous les samouraïs furent invités à choisir une équipe. Celle du Clan du Lion, conduite par Akodo Ikare, eut du succès auprès des membres des clans du Crabe et du Lion, et celle du Clan du Scorpion, conduite par Matsu Kioma, fut rejointe par les Grue et quelques Licorne. Une heure et demie de guerre, où ceux touchés devraient simuler leur mort, s’annonçait maintenant. Kaminari et Haruto étaient dans les rangs du Lion, en seconde ligne, prêts à intervenir quand la bataille ferait rage. Devant les armées du Scorpion, en première ligne, Akizuki était entouré de la « tribu » Daidoji qui suivait l’ambassadeur Handen. Les Grue ne résistaient jamais à l’idée de manger du Lion sans trop de conséquences.

Crab_sumai_wrestler

Le coup d’envoi fut donné tandis que les boken s’entrechoquaient. Mais sous la conduite experte de Matsu Kioma, le Lion perdit rapidement du terrain. Kaminari se retrouva aux prises avec des adversaires redoutables et ne put que se résoudre à se mettre hors-jeu trop tôt à son goût. Akizuki, lui, vit une faille dans les lignes ennemies à la limite de la déroute en ce début de bataille. Il la voyait distinctement, la bannière ennemie. Il harangua ses compagnons « Clan de la Grue, avec moi ! ». Haruto, le nez fin, repéra la menace et emmena défendre la bannière avec une dizaine de samouraïs Lion. Les Daidoji entamèrent la lutte, tandis que Kakita-san défaisait un gunso Lion. Il ne resta bientôt plus qu’un homme entre lui et la bannière, et pas n’importe lequel : Haruto en personne. Mais le bushi Grue, dont c’était la spécialité, fut plus vif et toucha par deux fois le Crabe qui, comme son frère de clan, dut se mettre hors-jeu. La bannière en main, un cri de victoire résonnant sur le plateau, le moral des troupes Scorpion gonfla encore. S’ensuivit, pour le Grue — tandis que les deux armées se neutralisaient —, une course poursuite pour ramener la bannière derrière ses propres lignes. Il fut un peu trop court pour ce faire, cependant ; une charge de cavalerie l’intercepta sans qu’il ne puisse réellement lutter. Criblé de flèches, il posa un genou à terre et abandonna là la bannière. La victoire du Scorpion fut néanmoins magistrale et Matsu Kioma, son leader, félicita personnellement le kenshinzen qui fut invité à rejoindre la tribune d’honneur, non sans se faire attribuer un anneau et un ruban.

Pour clore cette superbe bataille, Kioma-sama fit appeler les moines qui apportèrent les coffres. C’était l’heure du lâché de faucons de guerre. Mais alors que les coffres s’ouvrirent, un frisson parcourut l’assemblée. Ce furent des colombes, présage de guerre et annonce de mauvaises nouvelles, qui sortirent des larges coffres en bois. Kioma vira au rouge tout en tentant de garder la face en convoquant Noshin. Daidoji Handen avait l’air particulièrement tendu et crispé. Et certains membres du groupe ne purent que penser que ces moines cachaient quelque chose, en quittant les lieux.

L’épreuve d’oriru tomba à pic pour changer l’atmosphère lourde qui s’était désormais installée. Hida-san, une fois de plus, serait le porte-étendard de la magistrature d’Émeraude ! Mais la présence de tous les magistrats n’était pas forcément toujours requise et le besoin d’enquêter poussa Haruto, Akito et Kohei à partir à la recherche de Noshin. Pendant ce temps, Nahoko devrait garder un œil sur la courtisane Agasha, au cas où elle serait « le dragon » de la prophétie. La favorite de l’oriru était une fois de plus Otaku Raniko. Elle échoua cependant en demi-finale contre un Kaminari-san, peut-être moins bon cavalier, mais diablement fort. Il jeta sans ménagement la Vierge de Bataille hors de ses étriers par deux fois et put lever les bras au ciel. Celle-ci quitta le terrain, furieuse et frustrée. Mais en finale, le bushi Crabe dut se contenter d’une nouvelle seconde place : Matsu Karenka, le champion local, fut un peu trop fort pour lui dans une lice pourtant serrée. Encore raté !

Les trois autres compagnons trouvèrent Noshin dans le jardin, près de la fontaine, méditant. Quand celui-ci ouvrit les yeux, son visage resta neutre mais son ton n’était pas hostile. L’illuminé discuta un peu, parla de son histoire après que Kohei le rallia à sa cause en parlant spiritualité. Une cérémonie de thé plus tard, les samouraïs n’apprirent pas grand-chose. Noshin avait rejoint les berges de la Rivière des trois rives en son temps, comme s’il y avait été appelé. En ce qui concerne les faucons de guerre, il n’était pas tout à fait impossible qu’ils aient été sans surveillance à un moment de la matinée, mais tout avait été vérifié la veille au soir par le chef des moines en personne. Yasuki-san, l’œil avisé, remarqua une ombre qui l’intrigua : comme si on les espionnait. Disparu comme par magie, il contourna un arbre du jardin pour apercevoir un vieillard intriguant. Afin d’en avoir le cœur net, Haruto le suivit jusque dans les résidences de l’autre côté de la ville, où l’homme entra. L’habile courtisan de la famille Yasuki apprit à la suite d’une courte enquête que la case où était entré le vieillard était inhabitée depuis un moment. Mais il y avait trop d’yeux pour forcer le passage à cette heure.

Sur le lieu des joutes se préparait désormais l’épreuve de seikakusa, de précision au sabre, dirigée par le maître d’armes du château en personne. Plusieurs samouraïs se montrèrent valeureux, mais Kakita Akizuki, malgré le fait d’avoir frôlé l’élimination en demi-finale, remporta cependant l’épreuve avec brio, félicité par le maître d’armes pour son talent. Fier, le kenshinzen remporta son deuxième anneau.

Noshin_2

Dame Soleil était au plus haut dans le ciel et le milieu de la journée était là. Chacun allait désormais pouvoir se restaurer, bien que le jeu de cour ne s’arrête jamais. Les magistrats se réunirent d’ailleurs dans les jardins. Si Akizuki se retira pour méditer et jeûner, la discussion allait bon train dans le groupe de magistrats. Haruto évoqua sa découverte inquiétante. Mais la réelle surprise vint d’ailleurs. Nahoko repéra un petit attroupement qui fuyait une ruelle, l’air scandalisé. La petite prêtresse alla donc s’enquérir de l’origine de ces troubles. Derrière un tonneau, Daidoji Wiyuko jouait aux dés pour de l’argent avec un paysan… Cette attitude était tout bonnement scandaleuse et, après une morale bien sentie, Kitsu Nahoko emmena le garde du corps chez son supérieur pour que celui-ci avise des mesures à prendre. Elle remarqua cependant en chemin une étrange marque dans la nuque du yojimbo, comme une petite croix noire. Mais ce qu’elle vit ensuite fut plus grave et déstabilisant encore. Attablé avec Akodo Miko, Daidoji Handen parlait fort, riait bruyamment et se conduisait de manière déshonorante. L’étiquette voulait que l’on tournât les yeux et Kitsu-san emmena le yojimbo prier et se repentir plutôt que d’ajouter au scandale.

Akito, lui, repéra le vieillard décrit par Haruto qui rentrait dans la ville. Il ne perdit pas un instant pour courir prévenir le magistrat d’Émeraude, n’ayant pu suivre l’homme disparu dans la foule. Yasuki-san, accompagné de son yoriki, alla alors se renseigner auprès du garde des portes de la ville, un soldat Akodo qui… prétendit n’avoir vu personne entrer. Là aussi, il repéra une sorte de croix noire dans le cou du gardien. Que fallait-il en penser ? Le groupe se réunit et décida d’aller frapper à la porte de la demeure dans laquelle était entré un peu plus tôt celui qu’avait suivi Haruto. Une fois, deux fois, on martela la porte, mais tout resta silencieux. Mais avant de prendre une décision sur le sujet, le groupe fut interrompu par un attroupement devant le temple des Fortunes. Les échos parlant de démon, il ne fallut pas longtemps à l’inquisiteur Asako pour fendre la foule, ses mains tatouées témoignant de son rôle dans l’Empire. Daidoji Wiyuko et Kitsu Tsuntsen s’invectivaient avec des accusations voilées. Les événements étaient cependant les suivants, semblait-il : une chose, peut-être même un démon, avait sauté sur la coiffe du bushi Lion alors qu’il sortait du temple. D’autres l’auraient aperçu. Hiruma Garei prévint : on avait fait mander un chasseur de sorciers qui ne tarderait plus. Cela n’intéressa guère l’inquisiteur qui décida qu’il fallait jeter un œil à cette affaire, les magistrats impériaux sur ses talons. Mais Akizuki s’interrogea, quand Wiyuko lui confia que Kitsu Tsuntsen avait laissé entendre que son seigneur s’était comporté de manière déshonorante. Le kenshinzen, avec Nahoko pour témoin, rappela donc les événements du midi au yojimbo, qui prétendit que toute la fratrie Daidoji avait mangé au palais et qu’il était tout bonnement impossible que les faits narrés puissent être vrais. Confus après la mise en garde du Kakita, il prit congé.

Dans le temple, à la lumière presque inexistante, chacun était sur ses gardes. Mais quand Haruto dégaina, on repéra un mouvement, près du plafond. « Rengainez, vous effrayez quelque chose », dit Kohei. Aidé par les kami du Vide, il vit ensuite qu’il n’y avait dans cette pièce ni souillure, ni illusion… mais bien une créature reptilienne des plus étranges au plafond : un zokujin était juché sur une poutre, l’air inquiet. Kuni Udorei confirma l’information en passant comme un courant d’air, énervé d’avoir été dérangé pour rien. Puis vint un eta, Hoji, tout paniqué, à la recherche d’un zokujin… L’eta s’occupait des couloirs du labyrinthe dans lequel étaient exploités les zokujin qui travaillaient comme mineurs. Celui (ou plutôt celle, car il s’agissait d’une femelle) qui s’était échappé se nommait Kakera et portait un message : les gobelins de cuivre avaient besoin d’aide. L’un après l’autre, ils tombaient malade. L’esprit de la « Grande Eau » avait quitté son lit et Kakera et ses amis avaient désespérément besoin d’aide. Il fut attiré dans le temple des Fortunes par l’odeur particulière des offrandes déposées. C’est à celui qui déposa ces offrandes que Kakera voulait parler…

Mais un Matsu Kioma fulminant fit une entrée fracassante dans le temple… À suivre.

Kakera