[Résumé] 117e séance, par Jacques

hida_kaminari2 (1)

Le soir s’annonçait alors que les magistrats se dirigèrent vers la demeure de feu Hida Dasan. Accueillis par une vieille domestique au dos courbé agissant presque de manière mécanique, les magistrats eurent tôt fait de ressentir le silence oppressant de la demeure en deuil. Amené dans sa chambre, Haruto put faire la connaissance du dernier disciple de Dasan, un jeune bushi du nom d’Hida Kurusu. Celui-là même qui avait été témoin de la folie de son maître restait maintenant dans un coin de la chambre, enfermé dans un silence pesant.

Mais la nuit allait réserver bien des surprises aux serviteurs de Doji Satsume. Chacun à leur tour, ils allaient être tirés de leur sommeil par d’étranges bruits. Akizuki fut le premier, percevant des complaintes, un chant ou une prière murmurée par une voix féminine. Une certaine nostalgie avait envahi le samouraï Grue tandis qu’il identifia le poème : « De la mort à l’Amour », réveillé une nouvelle fois par des cris d’enfants. C’était au tour de Kaminari de se réveiller, pensant reconnaître sa mère murmurant quelques mots. Cherchant d’où pouvait provenir le bruit, le bushi finit par se rendormir à l’extérieur, sur le patio devant sa chambre. Haruto fut le suivant sur la liste, un bruit de lame tombant au sol le fit sursauter. Il fit le tour de la bâtisse par mesure de précaution, tandis que Kaminari se réveilla à nouveau. Les deux Crabe se rapprochèrent sans se voir, manquant de se frapper mutuellement. Tous deux ne tardèrent pas à retourner se coucher à l’intérieur.

Kitsu Nahoko, qui logeait alors avec les domestiques, sentit un fort courant d’air et le vent hurler. Se redressant, elle s’étonna de ne pouvoir identifier la source de ce vent puisqu’il n’y avait aucune fenêtre dans la chambre. Sentant qu’elle devait apaiser les esprits de la demeure, elle pria les kami avant de retrouver le sommeil. Enfin, ce fut au tour de Kohei de se lever. On aurait pu penser que ce sont les ronflements du Hida qui l’avaient tiré de son sommeil, mais c’est davantage les hululements lugubres d’oiseaux de nuit qui firent frissonner l’inquisiteur Asako. Kohei chercha savoir et sagesse auprès des kami du Vide, mais ceux-ci restaient étrangement sourds à ses appels. Avant de se rendormir, il constata à l’instar de certains de ses compagnons que le jeune Kurusu n’arrivait pas à dormir et se contentait de rester allongé sur sa couche, les yeux fixant le plafond.

Quelques instants plus tard, tous se réveillèrent, se trouvant dans la même pièce sans porte ni fenêtre alors que Nahoko eut la sensation qu’elle devait rejoindre ses compagnons. Une fois la jeune prêtresse entrée dans la chambre, la porte disparut. Il n’y avait plus que les ténèbres autour d’eux. L’endroit changea subitement d’allure. Les magistrats se trouvaient maintenant assis sur des souches d’arbres abattus, face à eux se trouvait Hida Dasan. Ce n’est que quelques secondes plus tard que le groupe réalisa qu’il se trouvait dans une clairière transformée en charnier. Les arbres étaient noueux, des morceaux humains étaient éparpillés, certains même accrochés dans les arbres. Si l’enfer existait, il offrirait sans doute pareil spectacle. Alors que ses compagnons demeuraient endormis, Haruto se réveilla subitement. Il était dans son futon. Le tyran échangea quelques mots avec Kurusu, qui affirma ne plus pouvoir dormir depuis l’affrontement en soulignant l’atmosphère étrange de la demeure. Haruto jeta un œil dans la chambre voisine, ses compagnons étaient toujours là, ce ne devait être qu’un mauvais rêve.

Restés prisonniers de leur rêve, les autres magistrats purent échanger quelques mots avec Dasan. Celui-ci était couvert de sang ; d’un ton sincère, il disait regretter de voir les magistrats assister au macabre spectacle qui s’offrait à eux. À cela, il ajouta que les magistrats se trouvant ici en savaient trop et que, tout comme lui, ils étaient allés trop loin. Après seulement quelques mots, quelques échanges, le calme de Dasan fit place à une angoisse de plus en plus oppressante. Il somma les magistrats de fuir, de partir loin ; il leur dit que cela revenait, qu’il allait à nouveau sombrer dans la folie. Tandis qu’une sortie semblait possible, les magistrats eurent le temps d’apercevoir l’expression sur le visage de Dasan, une expression de folie meurtrière.

Kurusu

Au réveil, les mines étaient sombres, personne n’avait visiblement passé une bonne nuit de repos. Les évènements de cette nuit soulevaient de nombreuses questions et c’est pour y répondre que le groupe convoqua Hida Kurusu. Ce dernier affirma que son maître était différent depuis son retour chez lui après un séjour dans l’Outremonde. Un malaise s’était installé, il se réveillait cinq à six fois par nuit dans l’angoisse la plus totale. La journée, il avait des paroles dures pour tout le monde, y compris pour sa femme et ses disciples. Certains d’entre eux sont donc partis suite à cela, d’autres suite au récent massacre. Soudain, d’un air inquiet voire terrifié, il demanda aux magistrats de s’éloigner de la maison : il devait leur faire part de révélations, mais pas ici, pas entre ces murs… Arrivé à hauteur d’un petit pont de pierre, le jeune bushi confia aux magistrats ce que son maître lui avait lui-même confié. Quelques jours avant le massacre, son maître lui tint les propos suivant : « Une grande folie m’habite, Kurusu-san. Cette nuit, ma femme n’avait plus de visage, elle me souriait mais depuis lors je ne peux plus la regarder ». À quoi il ajouta que son maître avait l’intention de quitter sa demeure. Enfin, sur un ton hésitant, comprenant la gravité de telles accusations, Kurusu affirma qu’il soupçonnait Kohi-san d’être une tsukaï.

Après ce premier entretien, les magistrats prirent la direction de la fameuse cabane où Kaiu Shinya se serait rendu quelques semaines auparavant. Ils furent guidés par un vieil heimin jusqu’au sentier menant à ladite cabane ; ce paysan leur conta les rumeurs et histoires circulant à propos de son habitant. L’homme serait arrivé il y a quelques années avec sa fille, blessée et enceinte. Lors de l’accouchement, il refusa l’aide d’une sagefemme, tandis que des cris de douleur et de terreur s’échappaient de la maison qui leur avait été attribuée. Sa fille mourut en couche avec le bébé, mais personne ne vit jamais les corps. Quelques temps plus tard, l’homme s’amouracha d’une magnifique jeune fille. Il partit quelques mois en voyage avec elle et, lorsqu’ils revinrent, elle était elle aussi enceinte. Refusant une nouvelle fois l’aide d’une sagefemme, l’accouchement entraîna la mort de la jeune fille, alors que son bébé survécut. Cependant, l’enfant était difforme et beaucoup trop grand pour être normal. Le père de la jeune fille décida donc de tuer la petite abomination à coups de hache, alors que le vieil homme fut chassé dans la forêt avoisinante. Depuis lors, on nomme ce bucheron « Akuzei » : le dangereux ou le maudit. Sur ces mots, le bois était en vue et le paysan prit congé des samouraïs.

Arrivés à la demeure, les magistrats perçurent qu’une forte odeur de chair en décomposition se dégageait de l’endroit, avant que Kaminari n’enfonce la porte. La cahute était sens dessus-dessous, tout était pourri et des toiles d’arachnide se trouvaient dans tous les coins. Un cadavre gisait dans le futon, probablement celui du vieil homme. Son visage était déchiqueté et son nez arraché. En trouvant un coffre avec un linge ensanglanté ainsi que d’étranges outils, les magistrats purent faire une première hypothèse. La progéniture de la kumo, sortie du ventre de Suzume, avait dû s’échapper et tuer l’homme. La créature aura ensuite pris la fuite. La découverte du corps de la jeune femme, à l’arrière de la bâtisse, semblait corroborer ce scenario (elle avait le ventre en lambeaux…). Kaminari trouva quant à lui un « couloir » d’arbres aux branches abattues se dirigeant dans la vallée en direction de l’ouest : la créature avait dû fuir il y a plusieurs jours, mais la taille qu’elle semblait posséder demeurait inquiétante… Les magistrats reprirent le chemin du village, après avoir pris soin de brûler la cabane.

De retour au village, Akizuki et Nahoko rendirent visite au général Nakai. C’est Hikuko, sa petite-fille, qui les mena au chevet du vieux bushi. « Un démon dans son regard, il rampait rapidement en hurlant que les autres étaient des démons », tels étaient les mots à l’aide desquels le général décrivit l’horrible scène. L’entretien ne put malheureusement se poursuivre, suite à l’état critique du blessé. Haruto tenta de son côté d’avoir une entrevue avec le général Misogi, mais on lui fit comprendre, non sans mal, que l’homme était en compagnie d’une demoiselle et qu’il ne pouvait recevoir le magistrat. Enfin, Kaminari se rendit sur les lieux du massacre. Il reconnût rapidement l’endroit puisqu’il s’agissait de la même clairière que dans son rêve, à l’exception que l’endroit semblait moins dévasté dans les faits que dans ce curieux songe. Scrutant le moindre détail, le bushi Crabe repéra une inscription gravée sur un arbre, à l’endroit même où s’était tenu Dasan : « Mon visage est le mien, mon visage est le mien ». Des propos qui illustraient bien la folie du vétéran Crabe.

Dasan02

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :