[Résumé] 118e séance, par Julian

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Les mines des magistrats étaient bien sombres, et pour ajouter à leur bonne humeur, une pluie drue commença à tomber. C’est glissant dans la boue que les justiciers arrivèrent à la demeure de feu Hida Dasan. Les vieilles servantes décrépies servirent un thé tiède aux samouraïs qui convinrent de la suite de leur enquête. Kurusu, dont on discutait justement, fit alors son entrée. Trempé, l’air hagard et maussade, il s’installa sans un mot et refusa de toucher à sa boisson. Lorsqu’il consentit à ouvrir les lèvres, ce fut pour confier avoir eu une révélation : en promenade près du pont ce matin, quelque chose attira son attention dans les arbres à proximité. Horrifié, il découvrit le corps mourant d’un rossignol domestique, la tête affreusement déformée. Pas n’importe quel rossignol, celui de dame Kohi. La sombre maho serait-elle impliquée ?

Les magistrats doutaient cependant de la sincérité de Kurusu, aussi Kohei et Nahoko prièrent-ils à part avec le bushi Crabe. La prêtresse du Clan du Lion répéta les gestes et les prières qui lui permettaient d’entrer en contact avec les Ancêtres bénis, mais sans succès. À sa grande stupeur, elle n’en trouva pas. Pire qu’un oubli, un vide spirituel semblait émaner de Kurusu, comme si l’individu n’avait tout simplement jamais eu d’Ancêtres. Soucieuse, elle revint vers ses compagnons, non sans glisser au passage à Kohei son tanto de cristal.

Le repas du soir fut servi et les magistrats attendirent dame Kohi, avec laquelle une entrevue avait été prévue. L’attente fut longue : le repas refroidit, Kaminari sortit faire un tour, Haruto but trop de saké, Kaminari revint, et tous attendirent à nouveau. Le frottement des sandales dans le couloir se fit entendre, et la porte finit par s’ouvrir pour laisser passer la maîtresse de maison. Dame Kohi portait les stigmates du chagrin, mais en digne samouraï-ko du Clan du Crabe, elle s’installa et souhaita la bienvenue à ses hôtes. Des présents furent acceptés en toute lassitude et les samouraïs entrèrent dans le vif du sujet. Dame Kohi comprit rapidement les doutes qui pesaient sur elle quand le moine Akito prépara un thé à la poudre de jade et que l’inquisiteur Kohei la regarda d’un air torve. « Buvez s’il vous plaît ». Ulcérée, la femme Crabe but d’un trait en prononçant un « êtes-vous satisfait ? » qui aurait cloué sur place bien des samouraïs. Kohi-san répondit du mieux qu’elle put aux questions des magistrats. Elle confia que, pendant les derniers jours de sa vie, son mari semblait ailleurs ; il l’évitait même.

Ce charmant repas prit fin et dame Kohi rejoignit sa chambre. Les samouraïs s’apprêtèrent pour la nuit. Kitsu Nahoko était de l’avis que si le corps de Dasan était bien mort, son esprit lui survivait, emprisonné quelque part, et qu’il était du devoir des magistrats de le libérer. Beaucoup partirent donc dormir en s’armant derechef pour cette nuit. Kohei pria longuement les kami de la demeure. L’inquisiteur rejoignit son futon et posa son regard sur Kurusu, qui ne dormait pas. Les kami de l’Air portèrent à ses oreilles un message de la prêtresse Kitsu : « Prenez garde à Kurusu, il n’est pas ce qu’il semble être ». La demeure tout entière tomba dans le sommeil.

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La nuit n’allait pas être de tout repos. Un à un les magistrats furent réveillés. Chacun d’eux eut à faire face au visage incarné d’êtres importants à leurs yeux : le sourire moqueur de Yoriko-chan, l’air suffisant de Shosuro Jocho, le sourire tendre de Shiko-san, le visage insoupçonné d’une sœur perdue dans l’Outremonde… L’obscurité révéla cependant le visage de leur véritable interlocutrice : Kohi-san, la voix sifflante, tenait à présenter aux magistrats son honorable mari. Des araignées surgirent soudainement du sol, révélant un bras tranché encore palpitant.

L’obscurité se fit. Sans se l’expliquer, les samouraïs se retrouvèrent réunis dans un espace sombre. Face à eux, affligé de blessures béantes, Dasan contemplait les cadavres qu’il venait d’occire. La bave qui s’écoulait de sa bouche et ses armes ensanglantées ne laissèrent aucune place au doute quand il chargea les magistrats. Akizuki-san réagit d’instinct, frappant mortellement le bushi Crabe au cœur. Dasan ne s’arrêta pas et envoya le bushi Grue au sol. Kaminari-san, aidé par Nahoko, réussit à trancher le bras de son confrère Hida et à entamer sévèrement l’autre, mais ne put résister bien longtemps à l’avalanche de coups à la force surhumaine. Ne restait, pour faire face à Dasan, que les prêtres : une femme enceinte et un vieillard… La prêtresse de l’Eau ne put pas grand-chose et Kohei regarda son dernier compagnon tomber. Il tenta un temps d’éblouir Dasan avec le tanto de cristal, sans savoir si cela faisait effet ou pas. Puisant dans ses ultimes réserves, il réussit à se connecter à l’élément du Vide pour prendre une forme immatérielle. À la manière des Shosuro il attaqua alors Dasan dans le dos, en visant la nuque. Quelques coups bien placés mirent fin à l’agonie du bushi Crabe qui se consuma.

Kohei se réveilla en sursaut dans sa chambre. Affolé, il vérifia l’état de ses compagnons : Kaminari, qu’il avait vu mourir l’instant d’avant, respirait bel et bien. Il croisa Haruto, lequel avoua ne pas avoir dormi.

Le matin se leva et les magistrats, exténués par cette nuit (et sans doute hantés par des cauchemars pour le restant de leurs jours), voulurent immédiatement parler à Kurusu. Au grand dam des magistrats, celui-ci était parti tôt le matin. Les suspicions des magistrats étaient fortes à son encontre. Haruto alla jusqu’à fouiller les affaires du bushi et répandit de la poudre de jade dans son futon.

Les serviteurs de Doji Satsume durent affronter la grisaille du matin pour aller voir Kuni Yanaka, lequel devait avoir terminé d’examiner le corps de Dasan. Le corps du bushi avait effectivement été ausculté lors d’un rituel dont seul le Clan du Crabe a le secret. Deux chasseurs de sorciers étaient présents : Kuni Kabai et Kuni Inoba. Leurs conclusions étaient formelles : Hida Dasan ne portait aucune trace de la Souillure de l’Outremonde. Ils accordèrent par contre beaucoup d’attention au récit de leur confrère Kohei-san. À leurs yeux Kohi et Kurusu étaient suspects.

Les inconnues restaient nombreuses. Les magistrats allaient-ils réussir à percer les secrets de la folie de Dasan ? Dame Kohi est-elle vraiment innocente ? Les samouraïs mettront-ils la main sur Kurusu ? Devront-ils dormir une nouvelle nuit au village des oiseaux perdus ? Haruto passera-t-il encore une nuit blanche ? Telles sont les questions qui agitent les samouraïs.

Village_des_Oiseaux_Perdus

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